Inaltérable popularité et au pouvoir depuis près de dix ans, Angela Merkel est la « maman » des Allemands. C’est le surnom qu’ils lui ont affectueusement donné mais la chancelière est désormais à la peine. Ce n’est pas que les démocrates-chrétiens s’apprêtent à la renverser comme les conservateurs britanniques l’avaient fait avec Margaret Thatcher. Ce n’est pas même qu’une fronde la menace. On n’en est pas là, non, mais Angela Merkel commence à souffrir d’être à la fois le chef de file des conservateurs allemands et le plus favorable des dirigeants européens à l’accueil des réfugiés syriens auxquels elle a grand ouvert les portes de son pays. Alors, forcément, ça coince à la base et parmi les élus de son parti. La CSU, l’aile bavaroise de la démocratie chrétienne, passe des grimaces aux grognements. Les intentions de vote en faveur de la droite sont en recul, à 38% mais en recul. Des militants rendent leur carte, en petit nombre mais la rendent, et la presse conservatrice s’alarme d’un divorce entre le peuple de droite et sa chancelière. Le moment est délicat pour cette femme qui avait toujours su coller à son électorat mais Angela Merkel fait front, martelant que « la fermeture des frontières est une illusion » et que le solidarité face à ce défi est « la seule option possible » pour l’Europe. « Nous y arriverons », répète-t-elle inlassablement en expliquant que la tâche n’est pas plus difficile que ne l’avait été l’unification allemande et elle a raison. Angela Merkel a raison de vouloir prendre le problème à bras le corps plutôt que de l’ignorer, de vouloir convaincre plutôt que d’épouser les craintes, car les faits sont là. Plus de 700 000 réfugiés sont arrivés dans l'ensemble de l'Union depuis janvier dernier. D’autres suivront, bien sûr, car les raisons de fuir la Syrie ne vont pas disparaître de sitôt. C’est un défi pour l’Europe mais l’Europe ne peut que le relever car quelles sont les autres options ? Compter sur la Turquie ? Oui, peut-être, sans doute. C’est là-dessus qu'a planché le Conseil européen d'hier et de vrais moyens de coopération ont été dégagés mais la Turquie plonge dans une crise politique et ne poura aider l’Europe qu’à la condition que l’Europe ne lui ferme plus ses portes, ce qui est assez improbable. Laisser alors couler les navires de réfugiés, voir aller les couler, pour décourager cet exode ? On n’imagine pas l’Europe faire cela et personne n'oserait le proposer. Reste la possibilité de dire à la Grèce et à l’Italie de se débrouiller seules mais elles ne l’accepteraient bien sûr pas. L’Europe, l’Europe entière, doit relever ce défi parce qu’elle n’a pas d’autre choix que d’y parvenir et qu’elle le peut. Non seulement une population de plus 500 millions de personnes peut intégrer ces réfugiés sans vraies difficultés mais elle peut en faire un atout de croissance à condition de savoir les utiliser. Quand on veut, on peut. Pour pouvoir, il ne faut que devoir et vouloir.

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