Où l'on voit qu'on n'est plus loin d'une nouvelle guerre au Proche-Orient, entre les Kurdes et les quatre pays où ils vivent...

Peuple sans terre de quelques 40 millions de personnes, peuple dispersé entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie depuis que les vainqueurs de la Première guerre mondiale lui avaient finalement refusé l’Etat qu’ils lui avaient initialement promis, le peuple kurde se sent aujourd’hui plus près que jamais de la réalisation du grand rêve irrédentiste qui l'habite et le meut depuis un siècle.

Les Kurdes irakiens vivent en complète autonomie depuis la première guerre d’Irak, celle qui avait suivi l’annexion du Koweït, en 1991 par Saddam Hussein. Le 25 septembre dernier, ils se sont massivement prononcés, par référendum, en faveur de leur indépendance. A la faveur de la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011, les Kurdes syriens se sont eux aussi totalement détachés de l’Etat auquel ils sont censés appartenir. La réalité et qu’il y a aujourd’hui deux Kurdistan indépendants dont les soldats sont maintenant épaulés par ceux du PKK, l’organisation politico-militaire des Kurdes de Turquie et, jusqu’en Iran, le référendum des Kurdes irakiens a provoqué des manifestations d’allégresse qui en disent long sur les sentiments profonds des Kurdes iraniens mais ce n’est pas tout.

Dans la lutte contre Daesh, contre l’Etat islamique, les combattants kurdes ont été absolument décisifs puisque ce sont eux, avec les insurgés syriens, qui ont combattu les djihadistes au sol tandis que, plus prudemment, la coalition internationale conduite par les Etats-Unis les frappait du ciel. Dans ces combats aujourd'hui largement victorieux, les Kurdes ont conquis le droit moral à l’indépendance mais aucun des Etats dans lesquels ils sont dispersés ne veut en entendre parler car ils y perdraient d’importants territoires et, souvent, de grandes richesses.

Si les armées de Bagdad et du Kurdistan irakien sont maintenant face-à-face, c’est ainsi beaucoup moins pour le pétrole de Kirkouk que parce que l’Irak, l’Iran, la Turquie et la Syrie refusent que l’indépendance des Kurdes irakiens ne conduise à l’émergence d’un Kurdistan unitaire. C’est danse sur un volcan et, grosse d'une nouvelle guerre régionale, la question kurde est en train de transcender tous les autres conflits du Proche-Orient.

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