Pendant que le probable assassinat du journaliste saoudien disparu continue de faire des vagues, les Nations Unies mettent en garde contre la famine du siècle au Yémen en raison des bombardements saoudiens.

Un père yéménite porte son enfant sous-alimenté dans un hôpital de Sanaa, la capitale, le 6 octobre 2018.
Un père yéménite porte son enfant sous-alimenté dans un hôpital de Sanaa, la capitale, le 6 octobre 2018. © AFP / Mohammed HUWAIS / AFP

Les Nations Unies ont lancé une mise en garde : le Yémen est menacé de la pire famine que le monde ait connu depuis cent ans si les bombardements de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ne cessent pas.

Ainsi, pendant que la polémique enfle autour du sort du journaliste saoudien -vraisemblablement assassiné-, Jamal Khashoggi, un conflit impitoyable se poursuit au Yémen. L’indignation légitime autour de l’affaire Khashoggi contraste avec le silence qui entoure le sort des civils yéménites.

Lise Grande, la coordinatrice de l’ONU pour l’aide au Yémen, a déclaré à la BBC que 12 à 13 millions de civils sont en danger. « Nous pensions qu’au XXI° siècle, nous ne reverrions plus les scènes de famine que nous avons connues en Ethiopie ou au Bangladesh, c’est inacceptable », a-t-elle dit.

C’est le résultat de sept ans de convulsions politiques, d’une guerre civile, et d’une intervention militaire décidée par le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman - l’homme qui est également sur la sellette dans l’assassinat de Jamal Khashoggi.

Le peu d’écho de ce conflit tient au fait que peu de journalistes réussissent à se rendre sur place, et ceux qui le font prennent de grands risques. Un prix du reportage de guerre a d’ailleurs été décerné samedi à Bayeux au grand reporter du Monde, Jean-Philippe Rémy, pour une série impressionnante sur le Yémen, intitulée « la guerre occultée ».

Mais il y a aussi un contexte stratégique qui explique le silence des Etats. Lorsque le prince Mohamed ben Salman a constitué une coalition internationale pour déloger les rebelles Houthis de la capitale yéménite en 2015, il a notamment obtenu le soutien des États-Unis et de la France, deux de ses principaux fournisseurs d’armes.

Pour ce prince ambitieux, il s’agissait de montrer que le monde sunnite reprenait l’initiative face à un Iran conquérant, accusé d’être derrière l’avancée des rebelles Houthis au Yémen. Il pensait que la guerre serait rapide.

Depuis, cette guerre s’est enlisée, l’option militaire ne marche pas, et pourtant les bombardements continuent, et les tentatives de solution politique sont dans l’impasse.

L’affaire Khashoggi peut-elle changer la donne ? La disparition du journaliste crée un mouvement sans précédent de pressions sur l’Arabie saoudite, et place le prince héritier sur la défensive. Mais pour l’heure, aucun de ses alliés n’est prêt à lâcher ce pays-clé du Moyen Orient, pas même à le critiquer trop brutalement. 

La France sait très bien que cette guerre au Yémen n’a pas de sens militairement et a des conséquences dramatiques au sein de la population civile. Mais elle reste prudente dans ses positions, et un projet de Commission d’enquête parlementaire sur le rôle des armes françaises au Yémen attend toujours, depuis des mois, d’être validé.

Jamal Khashoggi avait consacré son dernier article dans le Washington Post pour appeler à l’arrêt de la guerre saoudienne au Yémen. Il avait raison : il est temps de mettre fin aux souffrances des Yéménites.

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