De la Corée au Venezuela en passant par l'Iran, Donald Trump a pris des initiatives risquées en politique étrangère; mais aucune aux conséquences aussi désastreuses que sa décision de retirer ses troupes de Syrie. Le résultat d'un fonctionnement instinctif critiqué y compris chez les Républicains.

Donald Trump lors d’un meeting “Keep America Great” le 11 octobre 2019 à Lake Charles, Louisiane.
Donald Trump lors d’un meeting “Keep America Great” le 11 octobre 2019 à Lake Charles, Louisiane. © AFP / SAUL LOEB / AFP

A plusieurs reprises depuis bientôt trois ans, Donald Trump a pris des décisions de politique étrangère qui ont fait trembler la planète. Quand il a quitté l’accord nucléaire avec l’Iran par exemple, ou quand il a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem l’an dernier. Ou encore quand il a entamé cette amitié improbable avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.

Mais jamais il n’y a eu une telle unanimité, y compris dans son propre camp républicain aux États-Unis, pour considérer qu’il s’agissait d’un désastre absolu, comme les événements qui se déroulent dans le nord de la Syrie et qui prennent leur origine directe dans un coup de fil entre Donald Trump et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Huit jours plus tard, Donald Trump fait comme s’il n’y était pour rien, annonçant des sanctions contre la Turquie si elle ne cesse pas son offensive militaire. Mais ces sanctions sont purement symboliques, et sont interprétées à Ankara comme un moyen de laisser du temps à la Turquie pour déployer son armée avant le moment, inévitable, où il faudra un cessez-le-feu.

Le Président américain agit à l’instinct, et dans ce cas, son instinct lui dit qu’il faut ramener les troupes à la maison. C’est aussi simple que ça, et c’est de cette manière qu’il l’explique à ses électeurs sur Twitter. Il leur répète qu’« il faut en finir avec ces guerres sans fin », et il a évidemment raison. 

Mais il faut savoir terminer une guerre, et c’est la faute majeure qu’a commise Donald Trump en retirant brutalement ses troupes.

 Résultat, il abandonne ses alliés kurdes livrés à leur pire ennemi, il crée un désastre humanitaire avec 250.000 personnes déplacées, il risque de rallumer un conflit mal éteint avec Daech, et il offre sur un plateau un avantage à la Russie dont les militaires patrouillent depuis hier là où il y avait quelques jours plus tôt des Américains.

C’est le résultat d’un fonctionnement aberrant de ce Président apprenti-sorcier de la diplomatie, dont on sait qu’il ne lit pas les notes qui lui sont transmises, qu’il ne tient pas de réunions, et a autour de lui la plus grande rotation de conseillers de mémoire américaine.

Et pourtant il conserve largement ses électeurs, car ceux-ci croient en « sa » version des faits, son récit quotidien via Twitter, ou dans ses meetings de campagne permanente. Il y a quelques jours, il imitait en public l’accent du roi d’Arabie saoudite pour raconter un entretien téléphonique avec lui.

Jusqu’à l’affaire syrienne, on pouvait surtout critiquer sur le fond son absence de résultat : la crise nucléaire coréenne est inchangée, Maduro est toujours au pouvoir au Venezuela, les mollahs tiennent bon en Iran, et on attend toujours le plan qu’il annonce depuis des mois pour la Palestine.

Mais les dégâts n’avaient jamais été aussi sérieux qu’après son feu vert au président turc. Pour l’heure, cette catastrophe de politique étrangère est déconnectée de la procédure d’impeachement qui suit son cours à Washington. Mais elle pèsera lourd dans les décisions des Républicains si un jour, ils doivent se demander s’il faut laisser tomber ce président encombrant, et dysfonctionnel.

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