Un an après le début du soulèvement au Liban, la classe politique honnie est toujours en place, même après l’explosion du 4 août dans le port de Beyrouth. Les plus optimistes veulent croire que ce n’est que le début d’un mouvement de fond.

Pendant des mois, les manifestants ont tenté de s’approcher des lieux de pouvoir comme le Parlement, protégé par l’armée. Ici, un manifestant crie sa colère le 21 janvier 2020.
Pendant des mois, les manifestants ont tenté de s’approcher des lieux de pouvoir comme le Parlement, protégé par l’armée. Ici, un manifestant crie sa colère le 21 janvier 2020. © AFP / Patrick BAZ / AFP

Les révolutions ont souvent des causes anodines. A Beyrouth, c’est l’annonce de la taxation des appels sur la messagerie WhatsApp qui a fait descendre la population dans la rue il y a un an demain, le 17 octobre 2019. 

Très vite, le mouvement a été appelé la « Thaoura », la révolution, car pour la première fois des Libanais de toutes confessions, de toutes les régions, et de tous âges, exprimaient leur ras-le-bol de la manière dont le pays était géré - ou plutôt dont il n’était pas géré par une classe politique prédatrice.

Un an plus tard, que reste-t-il de la « Thaoura » ? La révolution a été stoppée dans son élan avant d’avoir abouti : la classe politique, honnie par une grande partie de la population, est toujours en place à la fois en raison de sa capacité d’inertie, de l’importance des intérêts menacés, et du contexte régional qui ne favorise pas le changement. Sans oublier le Covid-19 qui touche aussi le Liban.

Rien ne bouge, mais tout va plus mal, beaucoup plus mal que ne pouvaient même l’imaginer les Libanais, choqués par l’explosion ravageuse du port de Beyrouth le 4 août. Là encore, colère et désespoir, mais pas de révolution.

Symbole de cette impasse, l’homme qui pourrait redevenir premier ministre dans les prochains jours est Saad Hariri, celui-là même qui avait démissionné sous pression de la rue il y a près d’un an. 

Saad Hariri a beau s’inscrire dans le cadre de l’initiative politique lancée cet été par Emmanuel Macron, et qui peine à porter ses fruits, il est l’incarnation de ces dynasties politiques confessionnelles qui règnent sur le Liban depuis des décennies.

Si le « système » a fait de la résistance, en particulier du côté du Hezbollah pro-iranien qui dispose de sa force militaire, la société civile a elle aussi sa part de responsabilité. Elle n’a pas su, peut-être pas eu le temps, de faire émerger des projets et des structures alternatives, pas su transformer une révolte en révolution.

Si ce n’est l’échec de cette tentative de révolution, c’est en tous cas la faiblesse libanaise, que résume le journaliste Anthony Samrani dans le quotidien francophone « L’Orient-le-Jour ». Il souligne que si on demande aux Libanais s’ils soutiennent la révolution, tous répondront « Oui … mais ». « Mais il ne faut pas toucher au Président chrétien ; mais il ne faut pas toucher aux armes du Hezbollah », etc… 

« Ce « mais », écrit-il, ces « mais » plutôt, puisque chacun a le sien, contiennent toutes les contradictions politiques de la société, tout ce qui empêche qu’une majorité de Libanais s’entendent aujourd’hui sur un projet commun ». 

L’article de « L’Orient-le-jour » s’intitule « pourquoi la révolution libanaise n’a pas (encore) eu lieu ». Le mot important est évidemment « encore », car les activistes, qui ne s’avouent pas battus, se disent engagés sur la durée, et veulent voir dans le 17 octobre une première étape. 

C’est possible, mais dans l’adversité, le système politique libanais, à bout de souffle, s’est révélé plus « résilient » que le peuple en colère ; le pays est en lambeaux mais l’élite politique est toujours là.

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