Le vent tourne. Hier encore, la gauche européenne comptait ses défaites. Après l’Autriche et l’Italie, elle avait, en une seule année, perdu en France, bien sûr, mais aussi aux Pays-Bas, au Portugal, au Danemark et en Norvège. Pour la gauche, la série était si noire que c’est toute l’Europe qui semblait, d’un bloc, basculer à droite mais… non. Ce n’est peut-être pas si net car la victoire, hier, des sociaux-démocrates suédois, en progression par rapport aux élections de 1998, pourrait bien en annoncer deux autres, en Allemagne, dimanche prochain, puis en Autriche, fin novembre. En juillet encore, la droite allemande semblait devoir l’emporter. L’économie ne va pas bien en Allemagne. Le chômage y remonte alors même que Gerhard Schröder s’était fait élire en promettant de lui tordre le cou. Pire, les Verts, les partenaires des sociaux-démocrates, perdaient pied car leurs électeurs leur reprochaient d’avoir trop mis d’eau dans leur vin. La gauche était démobilisée, la droite avait le vent en poupe et puis il y eut les inondations d’août. Soudain Gerhard Schröder était sur tous les fronts, au gouvernail à Berlin, dans les villes sinistrées pour organiser l’aide et encouragé la population. Il faisait ce qu’on attend, en pareil cas, d’un chancelier, le faisait bien et, parallèlement, haussait le ton sur l’Irak, contre les Etats-Unis. Contrairement à Jacques Chirac et Tony Blair, il ne se contentait pas de demander à Georges Bush d’en passer par l’Onu et de ne pas agir unilatéralement. Non. Nations-Unies ou pas, il était, lui, contre cette guerre, le disait, le martelait et plus il le répétait plus la gauche montait dans les sondages car l’Allemagne, d’abord, est profondément pacifiste, à gauche comme à droite, ne veut plus entendre parler de guerre et moins encore d’engagement allemand dans un conflit et parce que l’Allemagne, aussi, veut maintenant être elle-même. De la défaite nazie à l’effondrement soviétique, presque un demi-siècle durant, elle avait vécu dans l’ombre des Etats-Unis, à l’abri du parapluie américain, sans jamais se démarquer de Washington et accrochée, en Europe, à la France. L’Allemagne, durant ces années-là, s’était contentée d’être un nain politique mais la page de l’après-guerre tournée, elle veut se faire entendre, ne voit plus de raison de se taire et ce chancelier qui tenait tête, contre la guerre, aux Etats-Unis, a repris l’avantage, en quelques semaines. Résultats dimanche mais c’est à la droite que la défaite paraît désormais promise, comme en Autriche. En Autriche, la droite avait cru pouvoir s’allier à l’extrême-droite, la normaliser en la faisant accéder au pouvoir, mais elle s’est retrouvée alliée à un parti divisé, déchiré entre ses radicaux et ses libéraux, et qui a éclaté lundi dernier, faisant, du même coup, tomber la coalition. L’extrême-droite est en chute libre. La droite compromise. Les règlements de compte sont sanglants et tout donne, désormais, la gauche gagnante, Verts et Socialistes comme en Allemagne. La gauche européenne ne sait toujours pas trop où elle en est mais, dans une Europe à droite, une droite qui ne sait pas non plus très bien se définir, l’ensemble germanique, le berceau de la social-démocratie européenne, vogue à gauche.

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