Trois Allemands sur dix ne savent pas encore pour qui ils voteront dimanche. Soit qu’ils finissent par se décider soit qu’ils restent chez eux, ce sont ces indécis qui feront le vote. Contrairement à l’habitude, il n’y aura, donc, pas de trêve ce soir. La campagne se poursuivra jusqu’à la dernière minute mais pour quel résultat ? Le moins probable, non pas l’impossible mais le plus improbable, est que les sortants, les sociaux-démocrates et les Verts, finissent par l’emporter. Ce n’est pas totalement exclu car, trop sûrs de leur victoire, les démocrates-chrétiens ont si bien libéralisé leur discours qu’ils ont fait peur et cédé du terrain à la gauche. Les sociaux-démocrates ne sont plus qu’à six ou sept points d’eux mais, avec leurs alliés Verts à 7%, ils ne réunissent toujours qu’un petit 42% des voix contre 47%, peut-être même plus, à la coalition des libéraux et des démocrates-chrétiens. La gauche reste si loin de la barre des 50% qu’il est plus vraisemblable que ce soit la droite qui trouve assez de voix chez les indécis pour emporter une majorité de sièges au Parlement. Malgré sa mauvaise campagne, malgré la popularité personnelle de Gerhard Schröder, nettement plus forte que celle d’Angela Merkel, la droite devrait finir par l’emporter mais tout est si peu net que c’est la troisième hypothèse qui occupe tous les esprits à Berlin – celle où ni la droite ni la gauche n’ayant de majorité, elles seraient obligées de gouverner ensemble dans une grand coalition. Au fond, cela ressemblerait assez à ce que souhaitent les Allemands dans leur indécision : un peu de libéralisme puisque la social-démocratie n’a pas réussi à réduire le chômage mais pas trop surtout, pas de tournant radical, pas de trop forte réduction de la protection sociale et, donc, des ministres de gauche pour y veiller dans un compromis permanent entre les deux grands partis. Cela pourrait marcher, au plus grand désespoir du patronat qui tablait sur une libéralisation de l’économie allemande et met en garde contre ce scénario mais deux problèmes se poseraient alors. Le premier est que ces deux partis risqueraient alors de partager une commune impopularité tandis que l’extrême gauche et l’extrême droite en prospéreraient. Cette polarisation aux extrêmes ne serait guère souhaitable. Elle serait même si dangereuse que les sociaux-démocrates n’attendraient dans ce cas que la première occasion pour aller à de nouvelles élections en votant avec le nouveau Parti de la gauche, formé par les ex-communistes et les dissidents sociaux-démocrates. Polarisation aux extrêmes ou instabilité, voire les deux, la grande coalition ne serait pas une panacée. C’est si clair que cette réalité pourrait, au bout du compte, favoriser la droite, décider les électeurs à lui donner un vrai mandat, à moins au contraire que les Allemands ne refusent la coalition comme la droite et ne redonnent, dans un spectaculaire retournement, un mandat aux sortants. Personne, en fait, ne sait car, en Allemagne comme partout, l’identité des grands partis s’est érodée et se cherche dans des frontières devenues floues.

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