Promesse de campagne, dira-t-on, et ce n’est pas faux. José Manuel Barroso avait bien évidemment en tête le vote par lequel les députés européens doivent se prononcer aujourd’hui sur sa reconduction à la présidence de la Commission de Bruxelles lorsqu’il s’est dit, hier, en faveur de la taxe Tobin, de cette taxe sur les transactions financières dont les altermondialistes réclament l’établissement depuis bientôt dix ans. Cela ne peut que l’aider à gagner des voix. Bruxelles valait bien une messe pour cet homme qui était si libéral il y a encore si peu de temps mais on aurait, pourtant, tort de ne voir, là, qu’une habileté électorale car cette conversion a un contexte. La révolution ne monte pas, nulle part. Ceux qui sont frappés par le chômage, le blocage des salaires ou leur baisse, la précarisation de l’emploi et la dégradation des conditions de travail, par cette insécurité sociale que la crise vient d’encore augmenter, sont plus assommés que prêts à descendre sur le pavé mais une colère n’en gronde pas moins. Il n’y a plus un pays, pas même les Etats-Unis, où l’obscénité de certains revenus patronaux et l’arrogance avec laquelle les banques recommencent à distribuer ces bonus abracadabrants ne suscitent pas une indignation, ni de gauche ni de droite mais générale et que les dirigeants politiques ne peuvent plus ne pas prendre en compte. Tout les pousse, désormais, à tenter de moraliser l’économie et rétablir ces règles que les libéraux avaient défaites l’une après l’autre depuis les années 80. Comme pour José Manuel Barroso, c’est beaucoup là-dessus que les uns et les autres joueront leurs réélections et ils sont d’autant plus décidés à agir que la crainte de nouvelles crises les conduit à vouloir redonner aux Etats une parcelle au moins de la toute-puissance que les marchés s’étaient arrogé. Depuis un an, une bataille s’est ouverte entre les Etats et les marchés, entre les hommes politiques et le monde financier. Elle est beaucoup plus dure qu’on ne le croit et les signes ne cessent plus de s’en multiplier. Lundi, c’était Barack Obama qui tançait durement les banques américaines. Avant, on avait entendu le ministre allemand des Finances demander – taxe Tobin, déjà – qu’on fasse payer aux financiers les dégâts qu’ils avaient causés. Hier, c’était le Premier ministre suédois qui appelait à la fin de la « culture des bonus » et maintenant, dès demain peut-être, c’est la France qui pourrait se prononcer par la voix de son ministre des Affaires étrangères en faveur d’une taxation internationale de 0,005% – symbolique mais tout de même – des transactions financières. José Manuel Barroso vient en fait de sauter dans un train en partance et c’est ce train qui est important, pas sa campagne. Rien ne se fera d’un coup. Les libéraux avaient mis quarante ans à imposer la déréglementation. Il avait fallu au monde vingt ans et une guerre pour tirer les leçons de 29. Le monde est un lourd paquebot dont les virages se négocient lentement mais, pas à pas et plutôt vite, l’Etat, la puissance publique, renaît de ses cendres, porté par l’évidence de sa nécessité.

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