C’est la plus paradoxale des situations. Voilà un pays, Israël, pour lequel tout va mal, absolument tout. Sauf soudaine et hautement improbable reprise des négociations de paix, les Palestiniens demanderont la semaine prochaine à l’Assemblée générale des Nations-Unies de reconnaître leur Etat dans les frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. Le résultat du vote ne fait pas de doute. C’est à une écrasante majorité que l’Assemblée générale leur donnera satisfaction.

Non seulement Israël apparaîtra isolé comme jamais mais les deux pays sur lesquels il pouvait compter dans la région se détournent de lui dans un complet retournement. La Turquie avec laquelle il avait entretenu d’étroites relations militaires et commerciales a désormais pris la tête d’une campagne d’appui aux Palestiniens dans tout le monde arabe. La Turquie est devenue le plus redoutable des adversaires pour Israël, un pays qui ne veut plus rien avoir avec lui tant qu’il n’aura pas accepté la création d’un Etat palestinien, et l’Egypte sur laquelle Israël avait pu si longtemps compter dans une lutte commune contre les islamistes prend maintenant ses distances.

Avec l’Egypte, ce n’est pas la rupture. Les miliaires égyptiens ne veulent pas aller jusque là mais maintenant qu’Hosni Moubarak est tombé et qu’ils doivent tenir compte de leur opinion publique, ils mesurent leur connivence avec Israël. Diplomatiquement parlant, ce pays ne peut plus compter que sur les Etats-Unis et l’Europe dont les relations avec son gouvernement sont de plus en plus difficiles.

Sur le front extérieur, Israël est incroyablement fragilisé et à l’intérieur, son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, doit faire face à une contestation sociale de très grande ampleur car la population rejette massivement les inégalités sociales nées d’une libéralisation économique qui n’a profité qu’aux plus riches.

Normalement, Israël devrait être à la veille de grands bouleversements mais le fait est qu’on ne les sent pas venir. La presse sonne l’alarme. Tzipi Livni, la chef de file du parti d’opposition centriste Kadima, dénonce l’impasse à laquelle Benjamin Netanyahu a conduit le pays mais, colère sociale ou pas, le camp de la paix ne sort pas de son coma. A gauche comme à droite, les Israéliens ne font rien qui puisse concrétiser l’idée de la coexistence de deux Etats à laquelle ils sont, pourtant, majoritairement favorables car ils demeurent échaudés par l’évacuation de Gaza qui n’a mené qu’au triomphe des islamistes dans ce territoire vite transformé en base de lancement de missiles contre Israël.

A l’abri de son mur qui a effectivement réduit le nombre des attentats, Israël a toujours plus tendance à oublier les Palestiniens et la région dans laquelle il vit et à se dire qu’il vaut mieux une tranquillité précaire que l’aventure d’un Etat palestinien dont ils ne savent pas ce qu’il serait. La situation est bloquée et c’est pour cela qu’elle est explosive.

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