François Hollande avait raison sur deux points. Lorsqu'il a dit, dans son interview télévisée d’hier soir, que c’était la menace d’une opération militaire qui avait permis d’obtenir l’accord de samedi sur les armes chimiques de Bachar al-Assad, il disait vrai car, si la France n’avait pas bousculé la prudence des Etats-Unis, si elle avait observé la même passivité que les autres capitales européennes et si l’on n’avait pas été à deux doigts de frappes sur les pistes de l’armée syrienne, la Russie aurait continué à faire comme si rien ne s’était passé le 21 août et à bloquer toute condamnation, même verbale, du régime de Damas par le Conseil de sécurité.

La France a fait bouger les choses. Elle peut, en effet, en être « fière » mais François Hollande avait également raison sur l’avenir car il est tout aussi vrai que l’accord de Genève, bien au-delà de la seule question des gaz de combat, ouvre la voie à la recherche d’une solution politique à une crise dont ni le pouvoir ni l’insurrection ne pourront sortir vainqueurs par les armes. Il est loin d’être certain que cette recherche aboutisse. Ce ne sera, en tout cas, ni rapide ni facile mais il n’y aucune raison de douter que Washington et Moscou s’y attelleront car les Etats-Unis comme la Russie jouent là leur crédibilité. Dès lors qu’ils ont pris les choses en mains et se sont entendus pour le faire ensemble, ils doivent promouvoir un règlement négocié en obtenant des concessions du pouvoir comme de l’insurrection.

La France, non, n’est pas marginalisée puisque personne ne saurait nier le rôle qu’a joué sa fermeté et que, membre du Conseil de sécurité, elle a maintenant son mot à dire, et compte bien le dire, sur les termes de la résolution que le Conseil devra adopter dans les jours à venir, après avoir pris connaissance, aujourd’hui, du rapport des inspecteurs de l’Onu. Tout cela est clair mais il y a tout un aspect de l’accord de Genève auquel François Hollande a eu grand tort de ne pas faire allusion.

Jamais les Etats-Unis n’avaient montré aussi clairement que samedi à quel point ils se désengageaient du Proche-Orient après s’être désengagés d’Europe. Le jihadisme n’est plus à leurs yeux une menace stratégique. Grâce à leurs gaz de schistes, ils ont beaucoup moins besoin du pétrole arabe. Rien ne les oblige plus à considérer cette région comme vitale pour leurs intérêts et ils ne sont donc aucunement hostiles à ce que d’autres puissances, la Russie en l’occurrence, puisse jouer leurs cartes dans ce qu’ils avaient si longtemps considéré comme leur chasse gardée.

Si ça peut les aider, parfait car, désormais tournés vers l’Asie, les Etats-Unis seront de moins en moins la puissance intrusive que les mondes arabes et l’Europe avaient jusqu’à présent connue. Cohérente sur la Syrie, la France va maintenant devoir l’être encore plus sur la Défense européenne dont elle pourra désormais plaider la cause avec plus de chances de succès qu’avant Genève car l’éloignement américain lui donne raison. Si l’Amérique n’est plus garante de la sécurité des rives méditerranéennes, l’Union européenne devra prendre en mains sa stabilité et celle de ses marches méridionales.

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