C’était la grande absence qui en dit long sur les difficultés de cette intervention. Hier, à Paris, à la Conférence internationale sur l’Irak, à la réunion de constitution de la coalition qui va s’attaquer à l’Etat islamique, l’Iran chiite n’était pas représenté alors même que cette organisation de fanatiques sunnites est son adversaire puisqu’elle s’attaque aux deux grands alliés de Téhéran que sont les régimes syrien et irakien. Initiatrice de cette conférence, la France avait pourtant souhaité la présence de l’Iran. Elle n’avait cessé de marteler qu’aucun pays ne serait de trop pour défaire l’Etat islamique mais les monarchies pétrolières, l’Arabie saoudite et les Emirats, avaient opposé un veto catégorique à cette proposition. Ce sera l’Iran ou nous, avaient-elles dit et, comme elles sont indispensables à cette intervention, comme les Occidentaux ont besoin de leur argent pour la financer et qu’elles sont, surtout, les plus à même de convaincre les sunnites irakiens de se retourner contre l’Etat islamique parce qu’elles sont elles-mêmes sunnites, les Etats-Unis s’étaient ralliés à leur position. Au plus grand regret de la France, l’Iran n’avait donc pas été invité. C’est un fait, mais ce fait, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, s’est empressé de le démentir hier en expliquant que non, non, pas du tout, c’était lui qui avait refusé que son pays soit représenté à Paris, que « certains responsables (iraniens) n’y étaient pas hostiles » mais qu’il avait refusé car « les Américains ont les mains souillées et des intentions malsaines ». Ces deux versions sont vraies et c’est là tout le problème. Comme la France, les Etats-Unis avaient d’abord été favorables à la présence de l’Iran et avaient sondé pour cela son ambassadeur en Irak. La diplomatie iranienne avait favorablement répondu à ces appels du pied parce qu’elle dépend du président modéré, Hassan Rohani, que les Iraniens avaient élu il y a quinze mois pour qu’il réconcilie leur pays avec les Occidentaux mais le Guide suprême a bel et bien refusé cette invitation avant même qu’elle ne soit retirée.Il y a eu deux vetos simultanés, ceux des monarchies et du Guide, car l’Iran et l’Arabie saoudite, bien que l’un et l’autre opposés à l’Etat islamique, n’ont pas du tout les mêmes buts dans la région. L’Iran chiite veut sauver le régime syrien et, parallèlement, maintenir l’unité de l’Irak sous le contrôle de sa majorité chiite. L’Arabie sunnite veut la chute du régime syrien au profit de la majorité sunnite de ce pays et s’accommoderait fort bien d’un éclatement de l’Irak qui échapperait alors à l’influence iranienne. Ces deux puissances ne pouvaient pas entrer dans la même coalition car c’est leur poids régional qu’elles jouent dans cette crise. Les déchirements du Proche-Orient ne font que commencer et c’est par milliers que les réfugiés - 500 d’un coup mercredi dernier - meurent maintenant noyés en Méditerranée.

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