Il y a le devant de la scène et le travail en coulisses. En scène, ténors et seconds rôles de l’Union européenne laissent si bien voir leurs désaccords et les amplifient même qu’on frisait, hier, le pugilat général.

Après la très difficile réunion des 28 ministres de l’Intérieur qui s’était tenue la veille, le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, allait jusqu’à lancer un définitif « L’Europe s’est une nouvelle fois déshonorée ». Son collègue de l’Intérieur, Thomas de Maizière, allait encore plus loin en estimant que ceux des pays membres, ceux de l’Est en clair, qui s’opposent à une répartition solidaire des réfugiés ne devraient plus bénéficier de la solidarité financière du reste de l’Union. C’était remettre en question les « Fonds structurels », ceux qui permettent aux moins développés des pays européens de se muscler assez pour faire face à la libre concurrence du marché commun.

Un ministre allemand, et non des moindres, allait ainsi jusqu’à menacer de mettre à bas l’un des plus anciens et des plus essentiels des fondements de l’Union afin d’exercer une pression politique, un chantage en fait, sur d’autres pays membres. Sa déclaration était loin d’être totalement injustifiée car la solidarité européenne ne peut effectivement pas être à sens unique mais les cris, les hurlements de protestation se sont immédiatement fait entendre à l’Est.

Là, c’était le champ de bataille. On dégainait et bien qu’Angela Merkel ait bientôt recadré son ministre en excluant le recours aux « menaces » pour parvenir à un accord, l’Allemagne a bel et bien envoyé un message à ce qu’on appelle la « jeune Europe » - exactement comme elle l’avait fait dimanche en établissant un contrôle de ses frontières qui signifiait à la Hongrie que, si elle ne voulait pas d’une répartition des réfugiés, eh bien, elle pouvait tous les garder.

Voilà pour le devant de la scène mais, en coulisses, c’est tout différent.

C’est très différent parce qu’aucun des pays de l’Union ne veut risquer de la défaire et de tout y perdre, que la machine européenne, cette immense fabrique de compromis permanents, tourne à plein régime et que plus d’un gouvernement adopte des postures radicales tout en expliquant, à huis clos, qu’il y est contraint pour des raisons intérieures.

Ardemment défendue par la France qui, contrairement à l’Allemagne, a su ne fâcher personne, l’idée d’une approche globale de cette crise commence à progresser. Il s’agirait, premièrement, d’améliorer les conditions de vie des réfugiés syriens dans les camps du Proche-Orient afin que l’Europe ne soit plus leur seul espoir ; deuxièmement de créer au plus vite, aux frontières extérieures de l’Union, les structures européennes permettant de faire le tri entre réfugiés et migrants économiques ; troisièmement, d’organiser collectivement le retour des migrants économiques vers leurs pays et, quatrièmement, oui, de faire accepter de tous, avec tous les aménagements nécessaires, le principe de la répartition des réfugiés. Les ministres de l’Intérieur n’ont fait qu’une partie du chemin lundi mais ils se reverront très vite et, s’ils le trouvent, c’est leur compromis qui devrait être adopté lors du sommet européen demandé par l'Allemagne.

Cette crise peut tuer l’Union mais ce qui ne tue pas rend plus fort.

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