Le projet de Mark Zuckerberg de créer sa propre monnaie virtuelle pour ses deux milliards d’utilisateurs se heurte à une forte opposition, au nom de la souveraineté monétaire. Première confrontation aujourd’hui à Bâle.

Le Libra, la monnaie virtuelle dont Facebook a annoncé le projet en juin dernier, a déjà un logo, à défaut d’être déjà en vigueur.
Le Libra, la monnaie virtuelle dont Facebook a annoncé le projet en juin dernier, a déjà un logo, à défaut d’être déjà en vigueur. © AFP / Aytac Unal / ANADOLU AGENCY

Une rencontre peu commune va se dérouler aujourd’hui à Bâle, révélatrice du monde dans lequel nous sommes entrés. Elle réunira d’un côté les représentants de 26 banques centrales parmi les plus puissantes, américaine, européenne, anglaise ; et de l’autre le réseau social Facebook.

L’objet de cette réunion : le projet de Facebook, annoncé en juin, de créer sa propre cryptomonnaie, le Libra, s’arrogeant ainsi un privilège jusqu’ici dévolu aux États. Le réseau social compte quelque deux milliards d’utilisateurs à travers le monde, et disposer d’une monnaie commune permettra des paiements, des transferts d’argent, voire des prêts de particulier à particulier aussi simples qu’un partage de photos, fait valoir le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

Cette monnaie Facebook dématérialisée aura une valeur indexée sur un panier de devises comme le dollar et l’euro, évitant donc les trop grandes fluctuations comme celles que connaissent par exemple les cryptomonnaies comme le Bitcoin. Mais même avec cette précaution, le Libra suscite de fortes oppositions.

Les objections sont multiples, mais la principale est sans doute celle de la souveraineté monétaire

Les États, déjà passablement affaiblis par la mondialisation, peuvent-ils laisser une entreprise comme Facebook devenir plus puissante que la plupart d’entre eux ?

D’autant que chacun pressent bien comment Facebook, avec la masse d’informations personnelles, voire intimes, dont elle dispose sur chacun de ses utilisateurs, peut aisément s’étendre aux autres activités de la banque et de l’assurance. On voit le danger de cette concentration dans une entreprise sur laquelle plus aucun État n’aura prise.

Sans compter que le système financier a mis des années à mettre en place des procédures contre le blanchiment d’argent de la drogue ou du terrorisme, qui seraient mises à mal par cette monnaie parallèle.

Comme le disait l’économiste Daniel Cohen dans l’Obs cet été : 

L pouvoir des Gafa est déjà considérable ; leur accorder le pouvoir de battre monnaie, c’est leur donner les moyens d’une hégémonie sans partage.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a clairement exprimé la semaine dernière son opposition catégorique à laisser la monnaie de Facebook opérer dans la zone Euro. « Le Libra soulève un risque systémique », a estimé Bruno Le Maire. 

Mais parmi les partisans de cette monnaie, figurent des entreprises puissantes de la Silicon Valley, et même françaises puisque le groupe Iliad de Xavier Niel fait partie du consortium constitué pour développer le projet.

La monnaie n’est qu’un des nombreux fronts de la bataille déterminante qui est en cours, pas seulement entre les « anciens » et les « modernes » comme dans le cas d’autres entreprises disruptives comme Uber ou Airbnb ; mais autour de l’idée même de souveraineté à l’ère numérique. L’enjeu est le rapport de force entre les géants du numérique et les États dans le monde de demain, l’un des plus importants qui soient au XXI° siècle.

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