Un documentaire américain plonge dans la machine infernale des réseaux sociaux qui façonnent nos vies et bouleversent nos démocraties : avec le témoignage de ceux qui les ont inventés.

Facebook et les autres entreprises de technologie grand public sont mis en cause par leurs anciens cadres qui disent avoir été « naïfs sur le revers de la médaille » de leur ancien monde.
Facebook et les autres entreprises de technologie grand public sont mis en cause par leurs anciens cadres qui disent avoir été « naïfs sur le revers de la médaille » de leur ancien monde. © AFP / Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Les hommes et les femmes interviewés dans ce documentaire américain ont eu des titres prestigieux dans les entreprises de la Silicon Valley, ils ont à leur actif certaines des innovations qui sont entrées dans nos vies, comme le « like » de Facebook ou le tchat de Gmail… Mais devant chacun de leurs titres, il faut ajouter le préfixe « ex », car ils ont rompu avec leur ancien monde, au nom de l’éthique.

« The social dilemma », dont le titre en français est « derrière nos écrans de fumée », apporte le témoignage de ceux qui ont cru avoir œuvré pour le bien commun, mais qui reconnaissent, comme dit l’un d’eux, avoir été « naïfs sur le revers de la médaille ».

Cette face sombre est déjà bien connue et analysée, c’est la manière dont la mécanique des réseaux sociaux et des technologies grand public façonnent et manipulent leurs utilisateurs, d’abord à des fins commerciales, avec, et c’est plus grave, un impact profond sur le fonctionnement des démocraties. Ce qui est nouveau, c’est que cette parole soit à ce point portée par ceux qui ont inventé ces systèmes aux allures de « Frankenstein », comme dit l’un d’eux.

Pourquoi parlent-ils maintenant ? A voir ces anciens cadres d’entreprises qui ont fait rêver le monde, on se demande en effet à quel moment le rêve a mal tourné. Ils pensaient rendre le monde meilleur, et effectivement, certaines de leurs inventions ont été grandement positives et continuent de l’être.

Mais ils démontrent aussi comment leur « modèle économique » a évolué pour transformer l’utilisateur, c’est-à-dire vous et moi, en machine à profits, au point de créer des géants mondiaux plus puissants que les États.

Ce sont les algorithmes, ces systèmes mathématiques, qui gèrent nos vies numériques. Ils se basent sur nos comportements en ligne, accumulent des milliers de données sur nos vies, pour décider de ce que nous allons lire, voir, et, aussi, consommer. Là où on a franchi un cap, c’est avec le détournement politique de ces machines infernales.

Un des premiers investisseurs de Facebook a cette phrase terrible : « Les Russes, dit-il, n’ont pas eu besoin de pirater Facebook en 2016 (lors de la dernière élection présidentielle aux États-Unis, ndlr), ils ont juste utilisé son système ».

Et les algorithmes qui peuvent influencer nos comportements de consommateurs, peuvent en faire autant avec les idées. Le documentaire met en évidence les mécanismes de la polarisation de nos sociétés, un phénomène inquiétant aux États-Unis, on le voit dans cette campagne électorale, mais que l’on a vu à l’œuvre partout dans le monde, au point de faire désormais partie de l’arsenal des États.

Facebook, Google et les autres ne sont pas responsables de tous les maux de nos démocraties, ce serait trop simpliste, et les problèmes existaient bien avant internet. Mais ils ont accentué, accéléré, approfondi ces dérèglements de manière cachée, presque ludique.

Le propos n’est pas de condamner les technologies -les intervenants du film y ont consacré leurs vies-, mais les usages qui en sont faits ; avec comme ambition de les réformer, si c’est encore possible. 

A voir pour comprendre, débattre et agir ; tout en sachant que ce documentaire n’est visible que sur Netflix, et donc alimente le système qu’il dénonce. Nul n’est à l’abri de contradictions!

Contact