Aujourd'hui, direction la Grande-Bretagne pour prendre le pouls du parti travailliste britannique...

Un pouls qui s'accélère depuis vendredi, depuis l'ouverture d'un scrutin interne qui aboutira le 12 septembre prochain, dans un petit mois, à l'élection du prochain leader du second parti de Grande-Bretagne, l'équivalent britannique du Parti socialiste.

D'abord, il est dans un sale état le parti travailliste : le 7 mai dernier, il a subi sa pire défaite en plus de vingt ans. Son leader défait, Ed Milliband, a démissionné avec perte et fracas, l'heure est à l'introspection, le « soul searching » comme on dit là-bas.

Et comme souvent dans ces situations, en tous cas en Grande-Bretagne, les militants du plus vieux parti social-démocrate d'Europe cherchent à renverser la table. Il y a 20 ans, la surprise s'appelait Tony Blair. Cette fois-ci, elle s'appelle Jeremy Corbyn.

Pour bien comprendre en quoi ce Jeremy Corbyn est une vraie surprise, il faut savoir que pour participer à cette élection interne, les candidats (ils sont 4) au leadership travailliste doivent rassembler les signatures de 35 députés travaillistes.

Or, Jeremy Corbyn n'a obtenu ses signatures qu'au dernier moment et uniquement par soucis, on va dire, démocratique de certains députés. Même l'intéressé ne croyait pas en ses chances : il disait qu'il serait heureux d'arriver bon 3ème.

Relance : or depuis plusieurs jours jours maintenant, il fait la course en tête...

Très loin devant même : au dernier sondage, il recueillerait 53% des suffrages, laissant le second, Andy Burnham, 30 points derrière ! Depuis c'est la panique chez les barons travaillistes. Alors qui est Jeremy Corbyn ?

Jeremy Corbyn, c'est un peu comme si Jean-Luc Mélenchon n'avait pas quitté le parti socialiste et qu'il faisait la course en tête pour en devenir le secrétaire général. Voilà pour la tentative de comparaison qui, je le rappelle, n'est pas raison.

Elle ne vaut que pour vous donner une idée du choc des blairistes en lisant les sondages. Jeremy Corbyn, c'est l'anti Tony Blair : il a 66 ans, il roule à vélo, il est anti nucléaire, végétarien, il porte la barbe (une faute de goût), il veut renationaliser les trains.

Pire encore – aux yeux des partisans de Blair, bien sûr – il veut faire payer les riches, débarrasser la Grande-Bretagne de son arsenal nucléaire, mais, par contre, il est pro-européen. Une Europe solidaire, bien sûr. Il est tout ce que les Blairistes détestent.

Relance : d'ailleurs Tony Blair l'a bien fait comprendre...

En étant, il y a quelques jours à peine, d'un mépris inouï contre lui et ses partisans. Dans un discours, il a expliqué que tous ceux dont le cœur penchait pour Jeremy Corbyn méritaient une transplantation cardiaque. Corbyn, a-t-il ajouté, c'est la mort du Labour.

Sitôt dit, sitôt fait, ou plutôt contrefait : le candidat Corbyn a pris 20 points dans les sondages ! Ce qui a obligé Tony Blair a refaire une déclaration, c'était ce weekend : « même si vous me détestez, je vous en supplie, ne votez pas Corbyn ».

Comment en est-on arrivé là ? C'est assez simple en fait : avec le conservateur David Cameron, la Grande-Bretagne vit une période prolongée d'austérité budgétaire. Une austérité qui frappe avant tout les jeunes et les couches populaires, c'est-à-dire l'essentiel des militants travaillistes.

Difficulté pour se loger, partout dans le pays, difficulté pour s'éduquer – la moindre université en Grande-Bretagne, exige près de 13.000 € annuels de frais de scolarité – difficulté aussi, malgré le quasi plein emploi, pour trouver un emploi stable.

Or les dirigeants Travaillistes d'aujourd'hui n'ont rien à redire à cette cure d'austérité, ou pas grand chose. D'où la révolte des militants qui veulent gauchir le Labour. D'où aussi la panique de tous ceux, dont Tony Blair, que Jeremy Corbyn enverrait à la retraite.

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