L’événement dépasse l’Italie. Hier, l’Italie était en grève, en grève générale à l’appel de ses syndicats, de gauche, catholique et centriste, mais pourquoi ? Pourquoi tout un pays s’est-il arrêté, hier, de travailler dans une mouvement de protestation sociale comme on n’en avait pas vu depuis très, très, longtemps dans le monde développé ? Il y a, bien sûr, des causes nationales à cette mobilisation. Le gouvernement Berlusconi voulait, et veut toujours, enterrer l’article 18 du code du travail italien qui permet à un salarié licencié de demander sa réintégration aux tribunaux si son licenciement n’a pas de justifications. C’est cela qui a mis le feu aux poudres mais cette disposition est si rarement invoquée que, si symbolique soit-elle, l’explication semble courte. Au-delà de cet article, le Premier ministre italien a été victime, hier, d’une réaction de rejet brutal, d’un véritable choc allergique suscité par l’insolence avec laquelle il défend l’argent, et d’abord le sien propre puisque il est l’homme le plus riche d’Italie. En onze mois de gouvernement, d’un pouvoir appuyé sur les télévisions privées qu’il possède et les chaînes publiques qu’il contrôle, Silvio Berlusconi a en effet déjà trouvé le temps de supprimer l’impôt sur les successions, de limiter les poursuites pour falsification de bilans, d’entraver la coopération judiciaire en Europe et de pratiquement amnistier les dissimulations de fortune à l’étranger – bref, de faire tout ce qu’il pouvait pour que les plus riches échappent à l’impôt, à la redistribution des richesses et à la solidarité sociale. Trop, c’est évidemment trop mais, dans la caricature, Silvio Berlusconi ne fait, après tout, qu’appliquer les idées dominantes, triomphantes depuis vingt ans, selon lesquelles tout ce qui est bon pour les riches - « les créateurs de richesses », dit-on - serait bon pour tous, classes moyennes et plus pauvres. Le raisonnement est connu. Moins l’économie est régulée, moins les entrepreneurs doivent respecter de lois sociales, moins ils sont soumis à l’impôt, moins l’Etat est fort, plus vite les entreprises peuvent s’adapter, se muscler, faire du profit, investir et, donc, créer de l’emploi. Tout n’est pas faux dans ce credo libéral. Il est vrai que trop d’impôt tue l’impôt en réduisant la croissance, qu’aucune entreprise ne peut garantir l’emploi à vie car aucune ne peut garantir sa propre survie, qu’à force de réglementer on empêche l’innovation. Tout cela est vrai mais il encore plus vrai que sans bons salaires on ne peut non seulement pas vivre mais pas non plus consommer, c’est-à-dire faire tourner l’économie, que sans protection légale des salariés la seule loi qui s’impose est celle du plus fort, que lorsque les Bourses obligent les entreprises à cracher des bénéfices maximum l’économie n’est plus faite pour l’homme mais l’homme pour l’économie et que l’investissement de long terme est sacrifié sur l’autel des dividendes. L’étatisme avait ses défauts. Le libéralisme n’est pour autant pas la panacée et c’est contre son dogmatisme, sa caricature et ses dégâts que l’Italie s’est mise hier en grève - cette Italie qui n’a jamais cessé, depuis les années soixante, d’être à l’avant-garde économique, sociale et politique du monde développé. (020417) L’événement dépasse l’Italie. Hier, l’Italie était en grève, en grève générale à l’appel de tous ses syndicats, de gauche, catholique et centriste, mais pourquoi ? Pourquoi tout un pays s’est-il arrêté, hier, de travailler dans une mouvement de protestation sociale comme on n’en avait pas vu depuis très, très, longtemps dans le monde développé ? Il y a, bien sûr, des causes nationales à cette mobilisation. Le gouvernement Berlusconi voulait, et veut toujours, enterrer l’article 18 du code du travail italien qui permet à un salarié licencié de demander sa réintégration aux tribunaux si son licenciement n’a pas de justifications. C’est cela qui a mis le feu aux poudres mais cette disposition est si rarement invoquée que, si symbolique soit-elle, l’explication semble courte. Au-delà de cet article, le Premier ministre italien a été victime, hier, d’une réaction de rejet brutal, d’un véritable choc allergique suscité par l’insolence avec laquelle il défend l’argent, et d’abord le sien propre puisque il est l’homme le plus riche d’Italie. En onze mois de gouvernement, d’un pouvoir appuyé sur les télévisions privées qu’il possède et les chaînes publiques qu’il contrôle, Silvio Berlusconi a en effet déjà trouvé le temps de supprimer l’impôt sur les successions, de limiter les poursuites pour falsification de bilans, d’entraver la coopération judiciaire en Europe et de pratiquement amnistier les dissimulations de fortune à l’étranger – bref, de faire tout ce qu’il pouvait pour que les plus riches échappent à l’impôt, à la redistribution des richesses et à la solidarité sociale. Trop, c’est évidemment trop mais, dans la caricature, Silvio Berlusconi ne fait, après tout, qu’appliquer les idées dominantes, triomphantes depuis vingt ans, selon lesquelles tout ce qui est bon pour les riches - « les créateurs de richesses », dit-on - serait bon pour tous, classes moyennes et plus pauvres. Le raisonnement est connu. Moins l’économie est régulée, moins les entrepreneurs doivent respecter de lois sociales, moins ils sont soumis à l’impôt, moins l’Etat est fort, plus vite les entreprises peuvent s’adapter, se muscler, faire du profit, investir et, donc, créer de l’emploi. Tout n’est pas faux dans ce credo libéral. Il est vrai que trop d’impôt tue l’impôt en réduisant la croissance, qu’aucune entreprise ne peut garantir l’emploi à vie car aucune ne peut garantir sa propre survie, qu’à force de réglementer on empêche l’innovation. Tout cela est vrai mais il encore plus vrai que sans bons salaires on ne peut non seulement pas vivre mais pas non plus consommer, c’est-à-dire faire tourner l’économie, que sans protection légale des salariés la seule loi qui s’impose est celle du plus fort, que lorsque les Bourses obligent les entreprises à cracher des bénéfices maximum l’économie n’est plus faite pour l’homme mais l’homme pour l’économie et que l’investissement de long terme est sacrifié sur l’autel des dividendes. L’étatisme avait ses défauts. Le libéralisme n’est pour autant pas la panacée et c’est contre son dogmatisme, sa caricature et ses dégâts que l’Italie s’est mise hier en grève - cette Italie qui n’a jamais cessé, depuis les années soixante, d’être à l’avant-garde économique, sociale et politique du monde développé.

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