Un rôle « important », disaient les Britanniques. « Un rôle « essentiel » rétorquaient les Français. Ce n’était, bien sûr, pas la même chose. Si l’Onu devait avoir un rôle « essentiel » dans la reconstruction de l’Irak cela impliquait, en effet, qu’elle ait une primauté sur les Etats-Unis que Tony Blair ne souhaitait pas que l’Europe affirme. Hier soir, on s’orientait vers sur « central », plus décisif qu’« important » mais moins hiérarchique qu’« essentiel ». Cela s’appelle un compromis, par définition ambigu, mais l’essentiel, pour le coup, est que la Grande-Bretagne et l’Espagne, d’un côté, la France et l’Allemagne de l’autre, aient eu la volonté de se retrouver, une semaine seulement après la chute de Saddam Hussein, et que cet accord permette à l’Union européenne, aux vingt-cinq et non plus aux quinze, de parler, maintenant, d’une seule voix sur l’après-guerre irakien. Grande-Bretagne comprise, l’Europe va dire aujourd’hui, à Athènes, qu’elle ne veut pas que l’Onu, la communauté internationale, soit marginalisée en Irak, réduite à distribuer des médicaments et du pain pendant que les Etats-Unis prendraient seuls les décisions politiques. « Central » n’est guère concret mais outre que le principe de la « responsabilité mondiale » de l’O.N.U y est, il aurait de toute manière été difficile d’être plus précis, le rôle de l’O.N.U dépendra, d’abord, de ce qui va se passer sur le terrain - à Bagdad, en pays kurde et dans les régions chiites. Dans leur déclaration commune, les Européens vont donc dire, tout à l’heure, ce qu’ils ne veulent pas et, pour la suite, le mouvement se trouvera en marchant, d’étape en étape, quand l’Onu devra se prononcer sur la levée des sanctions économiques contre l’Irak, sur la gestion des ressources pétrolières, sur le retour des inspecteurs ou l’arrêt de leur mission puis, un jour, peut-être, sur l’organisation d’élections. La bataille sera rude. Elle n’est pas gagnée car elle porte sur ce qui est, depuis le début, l’enjeu fondamental de cette crise, sur le maintien d’un système de sécurité collective, d’une concertation et d’une décision internationales, ou leur remplacement par la seule prééminence de la puissance américaine. Les Etats-Unis feront tout pour garder la haute main à Bagdad et reconstruire l’Irak comme ils l’entendent mais l’Europe, elle, fera tout pour ne pas les laisser imposer une réorganisation du monde donnant, de fait, tout pouvoir à la Maison-Blanche. Hier, les Européens s’étaient divisés sur la tactique. La France voulait isoler les Etats-Unis en organisant, contre eux, une opposition internationale. La Grande-Bretagne, elle, préférait tenter le sauver les formes en essayant de faire avaliser cette guerre par l’Onu. L’Europe s’en était fracturée mais, la page tournée, elle se retrouve unie, comme en août dernier, dans la défense de l’Onu, sur l’idée que le droit ne peut pas se réduire à celui du plus fort, que le pouvoir absolu corrompt absolument, qu’une seule puissance ne peut assurer seule la stabilité du monde. L’Irak n’est que le premier moment d’un long et très incertain bras de fer. Qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou pas, c’est face aux Etats-Unis que l’Europe s’affirme, qu’elle espère, du moins, y parvenir.

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