Retenez leurs noms – Abkhazie et Ossétie du Sud – car elles pourraient tenir, bientôt, autant de place que le Kosovo dans l’actualité internationale. Du temps de l’Union soviétique, l’une et l’autre étaient parties intégrantes de la Géorgie, la première avec un statut de République autonome, la seconde, de Région autonome. Ni les Abkhazes ni les Ossètes n’étant Géorgiens, ces territoires n’avaient pas souhaité rester liés à la Géorgie après l’éclatement soviétique. Comme les Géorgiens l'avaient alors fait, ils avaient déclaré leur propre indépendance avec pour objectif de s’intégrer ensuite à la Fédération de la Russie car, entre deux capitales étrangères, ils préféraient la plus lointaine, Moscou plutôt que Tbilissi. Il s’en était suivi plusieurs guerres. Trop heureuse de garder ainsi barre sur la Géorgie, la Russie avait aidé Abkhazes et Ossètes contre les Géorgiens. Elle y avait mis d’autant plus d’allant que de nombreux Russes vivent sur ces territoires. Les relations entre Moscou et Tbilissi en sont devenues exécrables mais il y a maintenant quelques quinze ans que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud vivent, sous protection russe, dans une indépendance de fait vis-à-vis de la Géorgie et, hier, coup de tonnerre et immédiat émoi international. Par communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères informe le monde qu’il a reçu pour instruction de Vladimir Poutine, toujours président en exercice, de « coopérer avec les autorités de fait » de ces deux territoires. Il n’est pas question de leur reconnaissance par la Russie, seulement de « coopération commerciale » et de « défense des intérêts des citoyens russes », mais les choses sont claires et quasiment dites. La Russie passe de la protection au protectorat, dans un geste de défi caractérisé à l’Union européenne, aux Etats-Unis et à l’Otan qui ont tous trois vigoureusement protesté. C’est un message. Comme l’Ukraine, autre ancienne République soviétique, la Géorgie souhaite entrer dans l’Otan pour s’éloigner définitivement de la Russie en s’arrimant aux Occidentaux et en se plaçant, surtout, sous la protection militaire de l’Alliance atlantique. La Russie ne veut pas entendre parler de cette extension de l’Otan jusqu’à ses frontières. A la demande de l’Allemagne et de la France, l’Otan vient de refuser d’entamer le processus d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie mais elle a reconnu leur vocation à la rejoindre un jour. Les Russes ne décolèrent pas et la signification de leur communiqué est limpide. Non seulement, ont-ils fait comprendre, la Géorgie perdrait une partie de son territoire en rejoignant l’Otan mais il se passerait la même chose pour l’Ukraine où des sécessions seraient extrêmement faciles à susciter puisque l’Ukraine orientale, russophone et orthodoxe, ne veut pas rompre avec Moscou et que la Crimée était russe jusqu’à ce que Khrouchtchev l’intègre à l’Ukraine, alors soviétique, dans les années cinquante. Les Russes menacent de modifier les frontières européennes et ils n’ont même pas besoin de rappeler le Kosovo pour qu’on sache qu’ils ont en tête ce précédant fatal, créé par les Occidentaux.

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