On a beau jeu de le souligner à gauche car ce n’est pas faux. Alors même qu’il reproche à François Hollande de vouloir renégocier ce qui n’est encore qu’un projet de traité, Nicolas Sarkozy s’attaque lui à des traités en vigueur depuis longtemps en menaçant de rompre l’accord de Schengen et promettant, maintenant, « d’ouvrir le débat » sur le rôle de la Banque centrale européenne afin qu’elle s’investisse plus dans la croissance.

Le donneur de leçons européennes s’est mis en situation d’en recevoir mais, sur le fond des choses, cette évolution du président sortant ne fait que traduire et affirmer une position française désormais défendue par les deux candidats qui ont le plus de chance d’être élus le 6 mai.

Comme François Hollande depuis le début de sa campagne, Nicolas Sarkozy met maintenant l’accent sur la nécessité d’accompagner la réduction des déficits d’une relance de la croissance afin d’éviter « la déflation » qu’il a raison de craindre. Comme François Mitterrand l’avait été, il n’est pas à l’aise avec la définition très restrictive du mandat de la Banque centrale que l’Allemagne avait imposée pour prix de son acceptation du passage à la monnaie unique. Comme la gauche, il voudrait que la BCE ne se limite pas à défendre la stabilité des prix mais soutienne également la croissance sur le modèle de la Réserve fédérale américaine. A gauche comme à droite, la France, en un mot, est infiniment moins soucieuse de l’inflation que ne l’est l’Allemagne, s’inscrit dans une tradition dirigiste qui donne à l’Etat un rôle d’impulsion économique et voit, surtout, qu’elle coure dans le mur si le volontarisme politique ne vient pas au secours de la croissance.

Quel que soit l’élu du second tour, il sera ainsi en désaccord avec Mme Merkel qui a aussi vigoureusement fait rappeler hier son attachement à l’indépendance de la BCE qu’elle avait fermé la porte, avant-hier, à toute renégociation du projet de traité sur le retour aux équilibres budgétaires. François Hollande ou Nicolas Sarkozy, le président de la République devrait donc s’attacher, dans l’année à venir, à faire monter la pression sur la chancelière en organisant un front des capitales qu’inquiètent les effets pervers de l’austérité budgétaire et croiser les doigts pour que la gauche allemande qui s’en inquiète tout autant sorte renforcée des élections de 2013.

Au-delà des alea, têtes-à-queues et polémiques d’une campagne, c’est un consensus français qu’on voit se développer sur cette question centrale de la relance économique en Europe. Cette convergence naissante est naturellement heureuse et, plutôt que de la nier, les débats de l’entre deux tours s’enrichiraient à se concentrer sur l’essentiel – les moyens d’organiser cette nécessaire croissance commune de l’Union et, par là, de la sauver et la renforcer.

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