Les plus hauts responsables militaires de Russie participaient hier, à Moscou, à une Conférence annuelle sur la sécurité internationale.

La crise ukrainienne, y ont-ils expliqué, est le fruit d’une volonté de « certains pays », autrement dit des Etats-Unis, de couper les liens entre Moscou et les Etats sortis de l’URSS. Aux yeux du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, la preuve en est la succession des révolutions dites « de couleur », de ces révolutions non-violentes qui ont effectivement secoué plusieurs des anciennes Républiques soviétiques après avoir renversé l’ancien président serbe Slobodan Milosevic à l’automne 2000. « De ces révolutions de couleur, la plus grande tragédie est, bien sûr, l’Ukraine », a-t-il asséné en faisant ainsi de cette crise une manipulation américaine qui « ne pouvait manquer, a-t-il jugé, de susciter notre réaction ».

Alors qu’en est-il ? La part de vérité dans ces accusations est que les révolutions de couleur, comme celles, d’ailleurs, du printemps arabe, ont souvent emprunté à des techniques de promotion de la démocratie par la non-violence et l’utilisation des réseaux sociaux qui avaient été développées par des fondations américaines, l’une démocrate et, l’autre, républicaine. Certains des révolutionnaires serbes et égyptiens étaient passés par ces fondations qu’Hillary Clinton avait soutenues lorsqu’elle était secrétaire d’Etat mais, outre que la non-violence ne relève pas du coup d’Etat, il n’y pas de révolution qui se décrète.

Fondations américaines ou pas, là où elles éclatent, dans le monde arabe comme en Serbie ou dans l’ancien espace soviétique, c’est que des conditions nationales y conduisaient et que s’est-il, en l’occurrence, passé en Ukraine ?

Il y avait, dans ce pays, deux grands courants, l’un proeuropéen et, l’autre, pro-russe, mais, face à la volonté de Vladimir Poutine d’intégrer l’Ukraine à une union douanière dont Moscou aurait été le centre, c’est un président initialement pro-russe qui avait choisi de sceller un accord de coopération avec l’Union européenne qui était dès lors approuvé par l’ensemble des Ukrainiens

C’est sous pression ruse que ce président avait fait au dernier moment volte-face. C’est ce virage qui avait entraîné sa chute, sous la pression de la rue, et c’est cet échec de la Russie, un échec dont elle est seule coupable, qui avait conduit Vladimir Poutine à annexer la Crimée avant d’organiser les troubles en Ukraine orientale. La Russie ne le nie plus guère. Elle ne nie plus que son ingérence militaire directe en Ukraine et si elle assume cette politique, c’est qu’elle relève, pense-t-elle, d’une raison d’Etat qui lui interdirait de laisser l’Otan se rapprocher de ses frontières.

Le problème est que l’Union européenne n’est pas l’Otan, au sein de laquelle il n’y a, d’ailleurs, depuis longtemps plus d’accord, plus d’unanimité nécessaire, sur un élargissement à des pays limitrophes de la Russie. Ce que le Kremlin combat, ce n’est pas un nouvel élargissement de l’Otan mais une volonté toujours plus nette des pays anciennement soviétiques de s’éloigner d’une Russie que Vladimir Poutine rend tout, sauf séduisante.

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