Pour que cesse la guerre, il faudrait faire de la Syrie une confédération de cantons autonomes

         Soutenu par Londres et Washington, c’est un projet de résolution français. Le Conseil de sécurité en a entamé l’examen hier et imaginons un instant que s’ouvrent maintenant des discussions  « de bonne foi », comme l’a souhaité la France, et qu’on en arrive vraiment, pour de vrai cette fois-ci, à un cessez-le-feu général, à un libre accès des convois d’aide humanitaire pour lesquels Paris vient de débloquer 50 millions d’euros et à une relance, surtout, des négociations de Genève sur le règlement politique de cette guerre de sept ans. 

         Alors, oui, d’accord. 

         On entend le scepticisme qui n’a malheureusement rien d’infondé puisque cet espoir a  trop souvent été caressé puis déçu pour qu’on puisse encore y croire mais après tout… 

         Après tout, la Russie aurait besoin d’arriver à un règlement avant de s’embourber au Proche-Orient comme, naguère, les Etats-Unis au Vietnam. Pas plus qu’elle ne veut de la naissance d’un Kurdistan syrien, la Turquie sunnite ne veut  d’une totale victoire de Bachar al-Assad qui marquerait un triomphe de l’Iran chiite au Proche-Orient. Quant au boucher de Damas et à ses soutiens iraniens, ils ne peuvent espérer reconstruire et stabiliser la Syrie sans un minimum de concessions politiques. 

Peut-être en arrive-t-on, autrement dit, à ce moment où, comme dans tout conflit, la nécessité de compromis finit par s’imposer et alors oui, imaginons que le projet de résolution français soit finalement adopté et ouvre la voie à de vraies négociations. 

Imaginons-le car, si ce pas était franchi, on sait ce qu’il faudrait faire ensuite.

Pour arriver à la paix, il faudrait faire de la Syrie une confédération de cantons autonomes – oui, comme en Suisse – où chacune des composantes de ce pays pourrait se gouverner et assurer sa sécurité dans le cadre, c’est fondamental, de frontières internationales inchangées. La Turquie n’aurait alors pas à craindre la naissance d’un Etat kurde pouvant donner des idées à ses propres Kurdes tandis que l’Iran, l’Arabie saoudite et la Russie pourraient préserver des zones d’influence leur garantissant que la Syrie ne passerait pas en bloc dans le camp adverse.

En une phrase, il faudrait à la fois conserver les frontières de la Syrie afin d’éviter que la définition de nouvelles frontières ne prolonge cette guerre et donner à chacun, sunnites, chiites, druzes, kurdes et chrétiens assez d’autonomie pour qu’ils ne se sentent plus menacés. 

Si l’on y arrivait, Bachar al-Assad ne présiderait plus qu’un Etat confédéral sans grands pouvoirs et pourrait être évincé, le jour venu, par des élections sans grand enjeu. Il n’y a rien là d’utopique. Tout règlement, au contraire, passera par cette approche et la seule question est de savoir si la Raison peut déjà l’emporter ou combien de nouvelles horreurs cela demandera.

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