Mince, cheveux argentés, froid et très policé, James Baker est un homme qui compte à Washington. Secrétaire d’Etat de l’ancien Président Bush, le père de l’actuel, il a été l’artisan de la coalition mondiale qui avait chassé les troupes irakiennes du Koweït en 1991. Il est à ce titre connu et très apprécié de toutes les grandes capitales, perçu comme l’exact contraire du courant unilatéraliste qui tient aujourd’hui les rênes du pouvoir américain mais il n’est pas que cela. Cet avocat est également le Conseiller de la famille Bush, l’intime qui avait, entre autres, résolu la crise suscitée par la contestation des votes de la Floride, lors de la dernière présidentielle. Georges Bush lui doit ainsi la Maison-Blanche et quand cet homme a pénétré, hier, dans le bureau de Jacques Chirac, il était clair qu’il n’était pas seulement là pour parler de la dette irakienne, sa mission officielle. L’entretien a été long, extrêmement courtois. Le Président et son hôte, la France et les Etats-Unis, se sont reconnus des torts réciproques dans l’expression et la gestion du désaccord irakien. D’une phrase à l’autre, on a commencé à remettre les compteurs à zéro car, maintenant que l’Amérique s’apprête à passer, d’ici juin, les commandes de l’Irak à un gouvernement irakien, maintenant que la prochaine présidentielle américaine détermine le calendrier, la donne change. Les Etats-Unis ont besoin de l’Europe car, arrestation de Saddam ou pas, on ne s’y fait pas d’illusions sur les difficultés d’un retour au calme. L’Europe va devoir, elle, s’engager en Irak, économiquement et politiquement, car son intérêt sera de contribuer à la stabilisation de ce pays. Il est, en un mot, temps, de commencer à se réconcilier et Jacques Chirac a montré qu’il y était prêt en disant à James Baker que, oui, bien sûr, la France était prête à accorder à l’Irak, sitôt qu’il aurait un gouvernement, une « réduction substantielle » de sa dette extérieure. C’était le geste que l’envoyé de la Maison-Blanche attendait, une forme d’aide française, mais il s’est alors produit un deuxième événement, tout aussi important. « D’accord », a dit Jacques Chirac, mais la France ne veut rien faire sans l’Allemagne et puisque vous allez maintenant à Berlin, a-t-il poursuivi, mettez-vous aussi d’accord avec le Chancelier et c’est à trois que nous ferons, ensuite, un communiqué. James Baker n’a pas cillé. Le Président français venait de lui signifier que l’Amérique ne parlait plus à la France et à l’Allemagne mais à la FrancAllemagne. Il lui demandait d’accepter publiquement cette réalité et ainsi fut fait, sans l’ombre d’une hésitation américaine. En une journée, deux choses ont ainsi changé sur la scène internationale. L’Amérique et la vieille Europe se sont rapprochées sur l’Irak. Elles ont commencé de tourner la page pour envisager l’avenir. Le fait est capital mais sans doute moins important, pourtant, que cette première apparition de la FrancAllemagne non plus seulement sur la scène européenne mais également dans les relations transatlantiques. C’est un peu l’acte de baptême de cette unité franco-allemande que Paris et Berlin entendent maintenant développer, au sein de l’Union comme dans leur politique extérieure. Irak et Europe, en quelques heures, on a vu s’amorcer hier les grandes articulations de la très nouvelle année qui s’annonce.

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