On disait « la conférence des donateurs pour les territoires palestiniens ». On dit, depuis jeudi, « la conférence des donateurs pour l’Etat palestinien » et ce changement d’appellation dit toute l’ambition des quelques 90 pays, organisations régionales et institutions financières qui prennent part à cette réunion, à Paris, dans quelques instants. Au-delà d’une aide à une population qui en a bien besoin, c’est un soutien au processus de paix rouvert, le 27 novembre, à Annapolis que ces donateurs veulent apporter. En injectant – s’ils le font réellement, comme prévu – cinq milliards et demi de dollars sur trois ans dans le budget palestinien, ils veulent non seulement donner les moyens au Président de l’Autorité palestinienne de boucler ses fins de mois, payer ses fonctionnaires et améliorer la vie quotidienne de sa population, renforcer, en un mot, la crédibilité politique de Mahmoud Abbas, mais lui permettre aussi, surtout, de jeter les bases d’un véritable Etat. Contre le sentiment de la quasi-totalité des journaux du monde et l’incrédulité des opinions publiques, y compris israélienne et palestinienne, ces 90 donateurs s’inscrivent ainsi dans l’idée que le processus d’Annapolis pourrait bel et bien déboucher, en 2008, sur un accord de délimitation des frontières d’un Etat palestinien ayant pour capitale les quartiers arabes d’une Jérusalem partagée avec Israël. Le problème est que le jour où cet accord serait signé – et le conditionnel s’impose évidemment – l’essentiel resterait à faire. Avant qu’il ne se concrétise, il faudrait réunir les conditions de son application, évacuer, d’une part, un nombre considérable de colonies israéliennes et garantir, de l’autre, que ce futur Etat palestinien ait suffisamment d’autorité pour garantir la sécurité israélienne. L’évacuation des colonies ne serait certainement pas aisée mais le gouvernement israélien, dans les pires difficultés, aurait la possibilité de la mener à bien. Les dirigeants palestiniens n’auraient, en revanche, pas, au jour d’aujourd’hui, la capacité opérationnelle d’empêcher qu’il ne se passe en Cisjordanie ce qui s’est passé dans la Bande de Gaza depuis qu’Israël s’en est retiré – qu’elle ne soit utilisé, à son tour, en plateforme de tirs et que ces obus puissent atteindre, cette fois-ci, de grandes villes israéliennes. Pour que cela soit évité, il faudrait sans doute déployer, bien qu’on en parle pas encore, une force d’interposition internationale mais cela ne suffirait pas si la direction palestinienne n’avait pas alors d’ores et déjà réussi à redonner un espoir tangible à la Cisjordanie et à Gaza et n’était pas en position d’assurer l’ordre dans ses frontières. D’où cette conférence qui procède, comme tout le processus d’Annapolis dans lequel elle s’inscrit, de la conviction des dirigeants israéliens, palestiniens, occidentaux et arabes qu’on ne pourra contrer ni les islamistes ni l’Iran sans qu’il ne soit mis terme à ce conflit.

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