Aucune des mouvances islamistes n’est anticapitaliste. Ce n’est pas le cas des mollahs iraniens qui avaient été soutenus, lorsqu’ils ont pris le pouvoir, par les marchands des bazars. Ce n’est pas, non plus, le cas d’al Qaëda dont le fondateur, Oussama ben Laden, est l’héritier d’une des plus grandes fortunes saoudiennes. Ce n’est pas plus le cas des talibans afghans dont la préoccupation n’est certainement pas la socialisation des moyens de production. L’islamisme n’a rien à voir avec le socialisme qu’il abhorre même comme une invention occidentale. Des islamistes n’auraient pas l’idée de parler de « vos grands magasins de capitalistes » et ce n’est, ainsi, ni leur idéologie ni leur phraséologie que l’on retrouve dans la lettre de revendication de ce Front révolutionnaire afghan – « révolutionnaire » et pas « islamiste » – qui avait déposés les cinq bâtons de dynamite sans détonateur retrouvés hier, sur ses indications, dans les toilettes du Printemps. Plus étonnant encore, les terroristes islamistes n’ont jamais eu pour habitude de lancer ce genre d’avertissement, de se contenter de faire voir, comme les Basques d’ETA, qu’ils pourraient commettre des attentats. Quand ils frappent, ils le font et tout est, donc, étrange dans cette affaire qui pourrait tout aussi bien relever d’un déséquilibré que d’une stratégie de la tension inscrite dans des buts obscurs ou, encore, de gens fascinés par la force déstabilisatrice de l’islamisme mais étrangers à ses réseaux. Aussi étrange que soit ce vrai faux attentat, il vient rappeler, pourtant, une réalité, une réalité afghane. Depuis que les Américains ont plus ou moins su se réconcilier avec les sunnites irakiens et qu’al Qaëda en a été isolé en Irak, tous ses efforts se sont reportés sur l’Asie du Sud Ouest, sur la zone pakistano-afghane, considérée par les islamistes sunnites comme un maillon faible leur offrant toutes les possibilités de marquer des points. En Afghanistan, les alliés talibans d’al Qaëda ont su profiter des incohérences des Etats-Unis, de la faiblesse de leurs effectifs et de l’indéfinition de leurs objectifs, pour regagner du terrain et s’affirmer dans les deux tiers du pays. Au Pakistan, non seulement les mouvements islamistes, légaux ou illégaux, sont extrêmement forts mais ils bénéficient du soutien des populations pachtounes et, surtout, d’une grande partie des services secrets qui rêvent d’opposer un bloc musulman pakistano-afghan à l’immensité indienne. Al Qaëda développe une stratégie parfaitement réfléchie dans cette région et la volonté de la France de la contrecarrer en maintenant et augmentant ses troupes en Afghanistan la met en collision frontale avec les réseaux de l’islamisme sunnite. Ce Front révolutionnaire afghan ne ressemble en rien à un mouvement islamiste mais il n’en a pas moins exigé, sous peine d’un véritable attentat, un retrait des troupes françaises d’Afghanistan avant la fin du mois de février. Invraisemblances et mystère ou pas, l’affaire du Printemps est une alerte.

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