La nouvelle était tombée mercredi à l’aube, à la dernière minute et sans explication. Par une simple dépêche d’agence, on avait appris que le tribunal de Moscou reportait au 27 décembre l’énoncé du verdict qu’il aurait dû prononcer une heure plus tard contre l’ancien homme le plus riche de Russie, Mikhaïl Khodorkovski, devenu le plus célèbre et le plus courageux des opposants à l’ancien président et actuel Premier ministre Vladimir Poutine. En l’absence de toute justification de ce report, la situation semblait claire. Pris entre deux feux, surpris, tétanisé par la vigueur avec laquelle le conseiller économique de Dmitri Medvedev, l’actuel président russe, avait déclaré la veille qu’il ne croyait pas aux charges pesant contre l’accusé, le président du tribunal avait préféré ne pas prendre de risque. Il avait choisi d’attendre que le chef de l’Etat et le Premier ministre aient réglé leur différent sur ce procès, que les consignes se clarifient et qu’il puisse juger en toute dépendance puisque l’indépendance n’est pas la première caractéristique de la justice russe. C’était clair mais Vladimir Poutine n’a pas hésité, hier, àconfirmer les choses, avec la brutalité dont il a fait une méthode de gouvernement. Interrogé sur le sort de Mikhaïl Khodorkovski au cours d’une émission durant laquelle il répondait en direct aux questions des téléspectateurs, il a lui-même prononcé le verdict en déclarant : « Tout voleur doit aller en prison ». S’asseyant sur la séparation des pouvoirs, oubliant la présomption d’innocence, dictant le jugement en public, il est même allé jusqu’à reprendre à son compte des accusations d’assassinat que la Justice n’avait pas retenues contre cet homme dont l’empire pétrolier a été démantelée aux profits de sociétés proches du Kremlin. Jamais le conflit croissant entre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine n'aura été aussi patent. Jusqu’à présent, le successeur que l’homme fort de la Russie s’était choisi en 2008 parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat de suite, se contentait d’affirmer sa différence par des déclarations sur la nécessité de moderniser et libéraliser le pays auxquelles son prédécesseur opposait un silence méprisant. Vladimir Poutine pouvait faire semblant de ne pas se sentir visé mais l’élection de 2012 approche, Dmitri Medevedev a pris une stature internationale, il rattrape Vladimir Poutine dans les sondages et il venait là de se démarquer de lui sur un sujet ultra sensible puisque un acquittement de Mikhaïl Khodorkovski aurait été, serait, intolérable pour Vladimir Poutine qui l’avait ruiné, brisé, emprisonné pour faire un exemple. Vladimir Poutine n’a pas voulu prendre le risque d’apparaître affaibli. Le tribunal de Moscou ne devait pas avoir le moindre doute sur ce qu’il attendait de lui le 27 décembre mais une situation nouvelle s’est ainsi créée en Russie. Publiquement humilié, Dmitri Medvedev doit maintenant trouver les moyens d’une riposte ou bien vite revenir à la case départ, celle d’un figurant assurant un intérim. La bataille est désormais ouverte entre ces deux hommes, entre le porte-parole des services secrets et celui des classes moyennes et des milieux d’argent, entre les candidats de deux Russie désormais engagés dans un combat singulier.

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