La droite américaine est sur la défensive. Non seulement elle a perdu la présidentielle parce que son candidat, avait du faire tant de concessions à son aile droite qu’il s’était aliéné les centristes mais la voilà maintenant en difficultés sur deux des éléments les plus forts de son identité : les armes et les impôts.

Pour les conservateurs américains, le droit de posséder des armes, un droit explicitement garanti par la Constitution, est un droit sacré parce qu’il relèverait de la liberté individuelle, de la liberté de tout individu de pouvoir se défendre par lui-même, sans compter sur la protection d’un Etat auquel la droite ne fait guère confiance pour cela et qu’elle n’aime de surcroît pas puisqu’il serait, par nature, l’instrument d’un collectivisme rampant, voire de la dictature.

Aux yeux des conservateurs, l’arme individuelle est constitutive de la liberté individuelle, une garantie contre « la tyrannie de l’Etat », disent-ils, et cette idée est tellement ancrée dans la culture américaine que beaucoup d’électeurs démocrates l’admettent ou s’y résignent. C’est pour cela que toutes les tentatives de contrôler le commerce des armes ont jusqu’à présent été vouées à l’échec, qu’on peut en acheter comme on veut chez les armuriers, sur internet et dans des foires spécialisées, que des tueries ont succédé aux tueries sans que rien n’y fasse mais ce massacre, vendredi, de petits enfants dont les visages passent depuis en boucle sur les télévisions vient ébranler ce consensus.

Après deux jours d’hésitation, Barack Obama est allé déclarer hier devant les parents endeuillés de Newton qu’«aucune loi ne pourrait empêcher tout acte de violence insensée » mais que « cela ne devait pas servir d’excuse pour ne rien faire ». Quelques heures plus tôt, de grandes figures démocrates de la Chambre et du Sénat avaient annoncé de nouveaux projets de loi et des auditions sur cette question. Quelque chose bouge à Washington, dans la presse aussi, et ce début d’évolution intervient au moment même où des élus municipaux et des mouvements favorables à un contrôle des ventes d’armes ou à leur interdiction font valoir qu’on peut faire battre les candidats au Congrès partisans du statu quo en les dénonçant comme tels. Il faut, disent-ils, opposer un lobby à un autre, celui des partisans du contrôle à celui de la puissante NRA, la National rifle association, l’organisation qui combat toute législation sur le commerce de l’armement.

La bataille sera longue et difficile puisqu’il faudrait amender la Constitution et qu’il y a 250 millions d’armes en circulation aux Etats-Unis mais les Républicains vont désormais avoir à choisir, sur ce terrain-là aussi, entre leur aile droite et l’électorat modéré, entre la majorité au sein de leur parti et la majorité des Américains.

Leur choix sera d’autant plus délicat qu’ils sont parallèlement en train de reculer devant les pressions de la Maison-Blanche sur la question des impôts, leur autre combat contre l’Etat. Alors qu’ils ne voulaient pas augmenter la pression fiscale sur les 2% d’Américains les plus riches comme le propose Barack Obama, tout indique qu’ils ne sont plus loin de s’y résigner parce que les trois quarts des Américains et 61% de leurs propres électeurs y sont favorables.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.