Ce sont des chiffres qui disent toute l’horreur d’une situation. Les Nations-Unies estiment qu’il leur faudrait 13 milliards de dollars et près de sept dans l’immédiat pour subvenir, l’année prochaine, aux besoins les plus pressants des six millions de Syriens déplacés par la guerre à l’intérieur de leur pays et des deux millions d’autres qui ont trouvé refuge dans les Etats limitrophes. Cet argent ne rentre pas alors même que le prix du pain a augmenté de 500% en quelques mois dans plusieurs régions de la Syrie, que les forces du régime visent systématiquement les boulangeries et les convois alimentaires, que l’organisation de la famine est devenue une arme de guerre, que les médecins et infirmiers sont assassinés s’ils s’avisent de soigner des malades ou des blessés du mauvais côté de ce conflit, celui de l’insurrection, et que rien n’annonce une fin prochaine de ce bain de sang.

près de 126.000 morts en syrie, selon l'osdh
près de 126.000 morts en syrie, selon l'osdh © reuters
En principe, une conférence de paix, dite « Genève 2 », doit se réunir le 22 janvier prochain. De tels désaccords persistent sur son organisation que son ouverture n’est absolument pas certaine mais quand bien même ce pari serait-il tenu, sur quoi cela déboucherait-il ? Après deux jours de discours des grandes puissances dont les objectifs demeurent divergents, les représentants du régime et de l’insurrection seraient laissés à un tête-à-tête arbitré par le représentant spécial de l’Onu qui a bien peu de chances de leur faire trouver un compromis. Le régime proposera, au mieux, un gouvernement d’union sous la présidence de Bachar al-Asad qui conserverait tous ses pouvoirs. L’insurrection exigera, comme les Occidentaux mais contrairement aux Russes, que Bachar al-Assad cède immédiatement la place à un gouvernement de transition regroupant, mais sans lui, toutes les forces politiques du pays. Comme aucune des deux parties ne voudra prendre la responsabilité d’un échec, ces pourparlers dureront en tournant dans le vide mais là n’est encore pas le pire. Le pire est que ce drame est maintenant devenu réellement insoluble car ce qui n’était pas vrai il y a trois mois encore est désormais la réalité. Par leur aveuglement, Russes et Occidentaux ont permis à des jihadistes venus d’ailleurs de mettre la main sur l’insurrection syrienne et de marginaliser toujours plus les démocrates qui étaient à sa tête. Les Russes ont réussi cela en soutenant et armant ce régime qui a radicalisé l’insurrection par sa sauvagerie et combattu en priorité les démocrates laïcs afin de pouvoir dire – ce qu’il fait aujourd’hui – que c’était lui ou al Qaëda. Les Occidentaux, à la notable exception de la France, ont tant lésiné sur leur soutien aux insurgés qu’ils ont contribué à leur défaite et laissé le champ libre aux jihadistes armés et financés par des dons publics et privés venant des monarchies pétrolières. La vérité est que les légions jihadistes prennent ainsi le dessus dans l'insurrection et, devant cette situation qu’elles ont elles-mêmes créée, de plus en plus de capitales occidentales en viennent à considérer que mieux vaut Assad qu’al Qaëda, la peste que le choléra. Les démocrates syriens sont lâchés de toute part. Un peuple entier est abandonné à un insondable malheur et un total désespoir.
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