La Fédération de Russie est le plus étendu des pays du monde. C’est également l’un des premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole, un exportateur d’énergie dont dépendent largement l’industrie et les ménages européens. C’est enfin une terre d’investissements pour beaucoup des banques et des grandes sociétés occidentales.

Un krach économique de la Russie aurait, autrement dit, de graves conséquences pour l’économie mondiale et tout le problème est que ce krach, on n’en est plus loin. Devant l’effondrement du rouble, la Banque centrale de Russie avait décidé, dans la nuit de lundi à mardi, d’augmenter d’un coup, son taux directeur de 6,5 points en le faisant passer de 10,5% à 17%. Ne vendez plus vos roubles contre des dollars ou des euros, disait ainsi la Banque aux ménages et aux investisseurs, puisqu’ils vous rapporteront désormais plus qu’aucun placement disponible. C’était vrai mais, après deux heures de reprise, le rouble a de nouveau dévissé, hier après-midi, de 20%.

Depuis le début de l’année, la devise russe a ainsi perdu 60% de sa valeur par rapport au dollar - ce n’était que 40% il y a quelques jours - ce qui signifie que les importations et les remboursements d’emprunt aux banques étrangères se sont renchéris d’autant. C’est un naufrage, une catastrophe nationale, dont la cause est triple.

Il y a d’abord eu les sanctions économiques occidentales prises en mars dernier en raison de la crise ukrainienne et qui n’ont cessé de s’alourdir depuis. Puis il y eut l’effondrement des cours du pétrole, organisé par l’Arabie saoudite afin de mettre encore plus à mal l’économie de l’Iran, son grand rival régional, et d’enlever toute rentabilité, surtout, à l’exploitation des gaz et pétrole de schiste américains qui menacent ses exportations. La Russie n’est là qu’une victime collatérale de la défense des intérêts saoudiens mais une victime de taille puisque l’énergie constitue les deux tiers de ses exportations, le pactole sur lequel repose toute son économie.

Et puis il y a, enfin, le fait désormais majeur que les ménages et les grandes fortunes russes ne voient plus où va leur pays et que, tandis que les capitaux fuient au rythme de 120 milliards de dollars par an, les particuliers se ruent dans les bureaux de change pour se débarrasser de leurs roubles.

Vladimir Poutine tient demain sa conférence de presse annuelle. Il devra dire quelque chose mais, sauf à une fuite en avant, il n’a pas d’autre choix que de calmer le jeu sur l’Ukraine pour obtenir la levée des sanctions. C’est une possibilité. Il parait jouer l’apaisement depuis une semaine mais, même en mettant les choses au mieux en Ukraine, le cours du baril ne repartira pas à la hausse, la croissance chinoise s’essouffle, celle de l’Europe reste proche de zéro et l’instabilité grecque menace à nouveau la zone euro. Les marchés paniquent et ce n’est pas pour rien.

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