Pour la quatrième journée consécutive, 15 000 hongrois ont protesté dans les rues de Budapest hier, contre une loi "esclavagiste" du gouvernement de Viktor Orban et pour l'état de droit. La presse du pouvoir les qualifie de « traîtres ».

Manifestant anti-Orban dimanche 16 décembre à Budapest, lors d’une grande manifestation à l’appel des partis d’opposition, syndicats, associations d’étudiants.
Manifestant anti-Orban dimanche 16 décembre à Budapest, lors d’une grande manifestation à l’appel des partis d’opposition, syndicats, associations d’étudiants. © AFP / PETER KOHALMI / AFP

Il y a encore huit jours, la presse hongroise contrôlée par les partisans du premier ministre Viktor Orban, ironisait cruellement sur les protestations des gilets jaunes contre Emmanuel Macron en France. La Hongrie connait à son tour des protestations sociales et politiques depuis mercredi dernier -hier encore 15 000 personnes dans les rues de Budapest-, et ces mêmes journaux accusent désormais les manifestants d’être à la solde de Georges Soros, le financier juif devenu la cible favorite du régime.

Ainsi va la vie au pays de l’"illibéralisme" défendu par Viktor Orban : les manifestants sont vertueux en France, mais des traîtres sous ses fenêtres.

Il faut dire que le premier ministre hongrois n’imaginait pas déclencher une telle tempête politico-sociale en faisant passer, quelques jours avant la trêve de Noël, deux projets de loi controversés, mais qui s’ajoutent à une longue liste déjà en vigueur. Ils ont été votés dans un climat survolté, les élus ont failli en venir aux mains.

Le premier texte, surnommé « loi esclavagiste » par l’opposition, augmente à 400 par an le nombre d’heures supplémentaires que les employeurs peuvent demander, ou plutôt exiger, à leurs salariés ; et ils ont jusqu’à trois ans pour les payer… Orban est souverainiste, mais pas très social.

La seconde loi crée une nouvelle juridiction, placée sous l’autorité du Ministère de la justice, et chargée des dossiers sensibles de corruption, du droit d’asile, ou des marchés publics. Une sérieuse érosion de plus pour l’état de droit en Hongrie.

Les manifestations ont vite dépassé le cadre de ces deux lois et deviennent une mise en cause frontale du premier ministre Viktor Orban : les slogans, hier, portaient sur la démocratie, l’état de droit, la liberté académique quelques jours après la fermeture de l’université financée par Georges Soros. De nombreux manifestants arboraient le drapeau européen et certains avaient même enfilé des gilets jaunes, devenus un symbole de ras-le-bol universel.

Viktor Orban semblait jusqu’ici inoxydable. Il a été réélu au printemps dernier avec une majorité accrue, surfant sur un euroscepticisme renforcé par son refus d’accueillir des migrants en Hongrie.

Derrière cette apparente solidité, se cachent toutefois des fragilités. Notamment une fracture territoriale, là-aussi, entre les grandes villes, plus libérales et pro-européennes, et le reste de la Hongrie rassuré par la présence à la tête du pays d’un « homme fort », prêt à en découdre avec Bruxelles et avec le « mondialiste » Macron.

Mais la principale leçon est plus large, c’est celle d’un continent qui se cherche, entre Brexit et gilets jaunes, entre poussées autoritaires et demandes de plus de démocratie. La Hongrie dans laquelle Orban ne voulait voir qu’une seule tête n’échappe pas à cette quête de modèle.

Ca pourrait faire un beau débat pour les élections européennes de mai prochain, si seulement on parvenait à dépasser le manichéisme, les faux clivages et la désinformation. 

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