La Turquie menace d’envoyer des troupes en Libye pour défendre le gouvernement de Tripoli menacé par le maréchal Haftar, notamment soutenu par les Émirats arabes unis et la Russie. L’Europe ne peut pas rester passive face à ce conflit à ses portes.

Combattant fidèle au gouvernement de Tripoli lors de combats avec les partisans du Maréchal Haftar non loin de Tripoli, le 7 septembre 2019.
Combattant fidèle au gouvernement de Tripoli lors de combats avec les partisans du Maréchal Haftar non loin de Tripoli, le 7 septembre 2019. © AFP / Mahmud TURKIA / AFP

Aux portes de l’Europe, le conflit en Libye est en train de vivre non seulement une brusque escalade, mais aussi une inquiétante internationalisation. Après la Syrie, c’est la Libye qui voit s’affronter, de plus en plus directement, les puissances régionales du Moyen-Orient

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Depuis le renversement du régime du colonel Kadhafi en 2011, la Libye n’a jamais retrouvé son équilibre, partagée entre seigneurs de la guerre, particularisme régionaux, parfum de pétrole, et donc, aussi, une guerre d’influence par procuration.

On y retrouve dans les premiers rôles, et en grande rivalité, la Turquie et le Qatar, les Émirats arabes Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte, mais aussi la Russie, ainsi que les Européens dont les Français qui n’ont pas toujours eu un jeu très clair.

Toutes ces puissances se sont engagées dans l’un des deux principaux camps opposés, même si la mosaïque libyenne est encore plus complexe. 

D’un côté, le gouvernement de Tripoli, dirigé par le premier ministre, Faïez Sarraj, et reconnu internationalement ; de l’autre, le maréchal Khalifa Haftar, un vieux militaire qui se présente en « sauveur » sur le modèle des « hommes forts » du monde arabe ; Il vient de lancer la bataille pour s’emparer de la capitale, Tripoli.

Les enchères montent brusquement. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan, menace d’envoyer des troupes en Libye, et fait voter en urgence au Parlement cette semaine, le soutien militaire au gouvernement de Tripoli. La Turquie est, avec le Qatar, derrière le gouvernement Sarraj.

De l’autre côté, Haftar est soutenu en argent et en armes, notamment en drones de combat, par les Émiratis, les Saoudiens, les Égyptiens, et par la Russie qui fournit des mercenaires dont les photos circulent sur les réseaux sociaux.

La situation en Libye est le signe le plus sûr d’une gouvernance mondiale dans l’impasse. Les Nations Unies sont paralysées, et l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, tente en vain de faire aboutir un processus politique dépassé par le bruit des armes.

La communauté internationale ne fait même pas respecter ses propres résolutions, en particulier un embargo sur les armes, violé quotidiennement, c’est abondamment documenté. Il suffit de voir les équipements flambant neufs sur le terrain...

La Turquie fait monter brutalement les enchères, se mettant à dos les Européens car elle profite de son soutien au pouvoir de Tripoli pour gagner des droits maritimes qui la mettent en opposition à la Grèce et à Chypre. Un nouveau signe du jeu décomplexé de la Turquie, électron libre de l’OTAN.

L’Union Européenne n’a pas été, jusqu’ici, à la hauteur de la crise, longtemps affaiblie par une sourde rivalité franco-italienne. La coordination est semble-t-il meilleure entre la France, l’Italie et aussi l’Allemagne, et le nouveau responsable de la politique extérieure de l’Union, l’Espagnol Josep Borrell, connaît bien le dossier. 

L’Europe a trop d’intérêts en jeu dans cette crise, dont le potentiel de déstabilisation va bien au-delà des frontières libyennes, pour rester passive, ou, pire encore, pour se diviser. Elle doit en faire sa priorité.

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