On verra. Rien n’est sûr, ni la guerre ni la paix. Tout bouge trop vite dans cette crise pour que les prédictions aient la moindre valeur mais quelque chose, ce week-end, a changé dans le monde. La politique est de retour. On la disait morte, obsolète, finie puisque l’Histoire, n’est-ce pas, l’était et puis… Regardons. Lundi, la Russie, cette Russie qui collait aux Etats-Unis depuis dix ans rejoint la France et l’Allemagne dans leur volonté de laisser les inspecteurs inspecter, d’épuiser, au moins, les chances de la paix avant de courir à la guerre. Pourquoi le fait-elle ? Parce que Français et Allemands refusent d’accepter la fatalité de la guerre au seul motif qu’un Président américain la veut et que ce simple fait, ce courage, cette volonté de Gerhard Schröder et de Jacques Chirac, redonnent des marges de manœuvre à la Russie. D’un coup, la donne internationale en est changée. Le lendemain même, mardi, la Chine se rallie à ce qu’on appelle déjà la déclaration des trois et, vendredi, Georges Bush est mis en échec au Conseil de sécurité. Cela ne signifie pas que la guerre n’aura pas lieu mais, vendredi, lorsque Dominique de Villepin achève son discours, que ce très grand discours est applaudi dans une salle où les applaudissements sont aussi incongrus qu’à Saint-Pierre, les diplomates anglais et américains rengainent leurs projets de résolution. Ils doivent opérer un repli tactique non pas parce que la France serait devenue plus forte que les Etats-Unis mais parce que son obstination a payé. La France, en quelques mois, a su construire un rapport de force non pas militaire mais politique, faire front avec l’Allemagne, rallier des soutiens, se faire comprendre, exprimer et incarner une opposition qui était déjà largement majoritaire mais qui n’osait pas s’exprimer car personne, pensait-on, ne peut s’opposer aux Etats-Unis. Par la politique, par le verbe, par une posture, la France a changé les choses, ouvert le débat dans ce Parlement du monde que sont les Nations-Unies et l’on en a vu, samedi, le résultat. Applaudissements ou pas au Conseil de sécurité, ces manifestations auraient été nombreuses mais elles n’auraient pas été si impressionnantes et massives si ce rapport de forces politiques ne s’était pas, au préalable, construit. Ce week-end, c’est l’autre mondialisation qu’on a vu naître, celle des idées, du débat mondial autour de décisions mondiales, et c’est dans les pays dont les gouvernements soutiennent le plus la Maison-Blanche, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Italie, que les manifestants se sont comptés par millions. Tony Blair en est ébranlé. Silvio Berlusconi - un petit coup de fil à Jean-Pierre Raffarin - donne des signes de rapprochement avec Paris. José-Maria Aznar a, lui, appelé Jacques Chirac. Il n’est plus impossible, pas certain mais possible, que l’Europe retrouve, ce soir, une position commune. Les gouvernements arabes, eux-mêmes, en sont réveillés. Guerre, alors, ou pas guerre ? Cela dépend désormais de Saddam Hussein et de lui seul. Il peut aujourd’hui l’éviter au monde mais la certitude est que la mondialisation n’est plus limitée aux marchés. La politique est de retour.

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