Où va la Russie ? Que veut Vladimir Poutine ? Quel dessein poursuit-il pour le pays qu’il préside et qui reste, malgré l’éclatement soviétique, le plus grand du monde ? La réponse est qu’on ne sait pas et qu’on le sait de moins en moins depuis hier, depuis que, le jour même où 150 000 Libanais enterraient Rafic Hariri en conspuant la Syrie, le Kremlin a confirmé, lui, qu’il négociait la vente de missiles anti-aériens à cette même Syrie, partout tenue pour responsable de l’attentat de lundi. Il fut un temps, durant les premières années de sa présidence, où Vladimir Poutine, rompant avec la politique de Boris Eltsine, jouait l’Europe contre les Etats-Unis, se rapprochait de la première pour mieux se faire désirer des seconds. Ce n’était pas une partie facile mais il y avait une logique pour la Russie à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. En ce temps-là, la Maison-Blanche d’un côté, Paris et Berlin de l’autre, rivalisaient de louanges pour le Président russe. C’était à qui le trouverait plus sage, plus fiable, plus démocrate mais, aujourd’hui, Vladimir Poutine embarrasse autant d’un côté que l’autre de l’Atlantique, perd sur les deux terrains à force de déconcerter en même temps l’Union européenne et l’Amérique. Ni l’une ni l’autre ne pouvaient se féliciter de la contribution russe au programme nucléaire iranien. Ni l’une et l’autre n’avaient pu comprendre que Moscou s’immisce aussi grossièrement dans les élections ukrainiennes. Ni l’une ni l’autre, ni la France attachée à l’indépendance libanaise ni l’Amérique soucieuse de faire cesser les infiltrations de djihadistes à la frontière syro-irakienne, ne peuvent aujourd’hui admettre que le Kremlin vole au secours de Damas, à l’heure même, qui plus est, où le régime iranien en fait autant. Contre toute logique cette fois-ci, la Russie s’oppose d’un coup à l’Europe et l’Amérique, le fait même si frontalement qu’on peut même se demander si Vladimir Poutine n’est pas en train d’opter pour un repli sur ses frontières, de se reposer sur son magot pétrolier et ses ventes d’armes et de mettre entre parenthèses son insertion dans l’économie mondiale. Il y aurait là un tel tête-à-queue pour la Russie qu’on hésite encore à croire qu’un tel choix ait été clairement opéré mais le fait est que la tentation du repli national peut être forte pour un pouvoir qui perd pied sur sa scène intérieure. Jour après jour, les Russes se détournent de Vladimir Poutine. Les plus pauvres, retraités en tête, manifestent quotidiennement contre sa politique de démantèlement des derniers restes de la protection sociale qui les précipite dans une misère de plus en plus grande. Les plus riches, eux, s’inquiètent de plus en plus ouvertement de l’arbitraire manifesté par le Kremlin dans ses relations avec les grandes entreprises privées. L’ensemble de la Russie, enfin, en veut à son Président d’avoir éloigné d’elle l’Ukraine en croyant lui dicter ses votes. Toutes classes sociales confondues, un malaise politique grandit à Moscou et le Kremlin se raidit, à l’intérieur comme à l’extérieur.

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