Bloquez ces soirées. Ce mardi puis demain, France 3 diffuse un documentaire de Brian Lapping, coproduit avec la BBC, qui raconte les trente années de tensions et de rendez-vous manqués, de coups tordus et de négociations secrètes, entre l’Occident et l’Iran depuis la chute du régime impérial. C’est incroyablement clair, passionnant, plein d’images jamais vues et de témoignages jamais entendus. Qu’on croît connaître cette histoire ou qu’on en ignore l’essentiel, on en découvre les ressorts, les enchaînements, tout le poids qu’elle eut au Liban, en Irak, en Afghanistan, dans tout le Proche-Orient et, donc, le monde entier. Il y eut, durant ces années, l’envol de la Chine, la chute du Mur, l’éclatement soviétique, l’affirmation européenne, les guerres de Yougoslavie, mais cet affrontement est toujours resté au cœur de tout, souvent déterminant et constamment relancé. On voit là comment une poignée d’étudiants inconscients ont fait l’histoire en envahissant, le 4 novembre 1979, l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran et prenant ses diplomates en otages, comment ils ont alors permis à l’ayatollah Khomeiny de transformer en révolution islamique une révolution nationale et démocratique et comment Ronald Reagan avait pu surfer sur cette humiliation de l’Amérique pour se faire élire et lancer une « révolution conservatrice » qui allait changer le monde. On réalise à quel point la naissance de cette République islamique d’Iran a assuré l’essor de l’islamisme ou, plutôt, des islamismes chiite, bien sûr, mais également sunnite, alliés parfois mais adversaires le plus souvent car se qui se joue derrière cette montée de l’Iran n’est rien d’autre que le retour de l’ancienne Perse, écrasée par les conquêtes arabes, convertie de force à l’Islam mais murée dans son schisme chiite, ce protestantisme musulman à l’abri duquel elle a attendu sa revanche durant plus d’un millénaire. Il y a du souffle dans ce documentaire. On rit aussi lorsque un ministre britannique des Affaires étrangères raconte comment il avait du s’enfermer dans les toilettes d’un train de banlieue pour prendre un appel, urgent, capital, du chef de la diplomatie iranienne ou lorsqu’on voit la stupeur se peindre sur le visage de Madeleine Albright, secrétaire d’Etat de Bill Clinton, quand elle réalise qu’elle ne parle pas, comme elle le croyait, à son homologue iranien mais à un fonctionnaire de second rang. La grande histoire est souvent faite de petites choses. Brian Lapping sait le montrer aussi et le seul vrai reproche à faire à cette œuvre est sa phrase de chute. Trop définitive, elle laisse entendre que cette bataille serait sans fin alors que les Etats-Unis ont désormais compris qu’ils n’étaient plus maîtres du monde et que l’Iran, après trente années de batailles interrompues aspire à profiter de ses richesses. Il n’est pas prouvé du tout que le dialogue amorcé par Barack Obama pourra aboutir mais il n’est pas interdit de l’espérer car tout y porte.

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