Tout concourt à obscurcir la crise grecque et ses répercussions sur l’Union. Paris et Berlin en tête, les grandes capitales européennes s’acharnent, en premier lieu, à cacher leurs divergences sur les remèdes à y apporter. Les 27 ne peuvent pas publiquement dire, en deuxième lieu, ce qu’ils sont prêts à faire pour aider la Grèce à résister à l’inflation des taux d’emprunt qui lui sont demandés car il ne s’agit pas de rassurer mais d’inquiéter les marchés, non pas de fournir une feuille de route à la spéculation mais de la laisser dans le noir. Et puis, en troisième lieu, feutrée, non dite mais évidente, une bataille se joue derrière cette crise sur des enjeux aussi fondamentaux que le pacte de stabilité sur lequel est fondé l’union monétaire ou l’ampleur des mesures à prendre, dans chacun des pays membres, pour réduire des déficits et un endettement publics que les faillites de Wall Street ont singulièrement aggravés. Reprenons. Premier point, soutenue par l’Italie, l’Espagne et le Portugal, la France plaide pour que les brutales mesures de réduction de ses déficits que l’Europe impose à la Grèce ne le soient pas trop alors que l’Allemagne, soutenue par la Suède, l’Autriche et les Pays-Bas, se montre intraitable. Tous les Européens – ils l’ont redit hier – veulent que la Grèce commence par s’aider elle-même, qu’elle assainisse ses finances pour pouvoir emprunter à des taux normaux, ne pas entraîner l’euro dans sa tourmente et ne pas obliger ses partenaires de l’Union à l’aider à fonds perdus. Cette exigence est drastique puisque la Grèce est sommée de ramener, dès cette année, son déficit de 12,7% à 8,7% de son produit intérieur brut et de le faire passer sous la barre des 3% en 2012 mais l’unité européenne s’arrête là. Parce qu’elle craint des troubles sociaux à Athènes et ne voudrait pas être, un jour, confrontée à d’aussi dures exigences, la France prône une souplesse dans l’application de ces mesures. En coulisses, elle s’oppose ainsi, à l’Allemagne qui veut, elle, profiter de cette crise pour rappeler les pays de l’euro à la rigueur et doit compter, avec ses libéraux, partenaires de la démocratie chrétienne dans la coalition d’Angela Merkel. Deuxième point, non seulement les 27 ne veulent pas faciliter la tâche des spéculateurs en détaillant les mesures qu’ils seraient prêts à prendre pour soutenir la Grèce mais, à l’instar des Allemands, les plus rigoristes des Européens ne veulent pas non plus donner d’assurances au gouvernement grec tant qu’il n’aura pas bu le calice de l’austérité jusqu’à la lie. Ce qui se joue, enfin, derrière tout cela, c’est la définition des politiques économiques communes dont l’Union veut désormais se doter. Ces politiques communes sont devenues nécessaires. Chacun finit par en convenir mais toute la question est de savoir ce qu’elles doivent être, si elles doivent se fonder sur une proscription des déficits publics et une réduction de la protection sociale, comme le souhaitent les plus rigoristes, ou sur plus de souplesse comme le voudraient d’autres. C’est aux balbutiements de l’Europe politique qu’on assiste là et, dans la bataille qu’ils suscitent, chacun veut faire de la Grèce un exemple, un précédent qui fixerait un standard.

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