Les pouvoirs nord-africains et proche-orientaux temporisent. Au Yémen, en Jordanie, à Bahreïn aussi, malgré les deux morts de cette nuit, ils tentent de calmer le jeu en montrant jusqu'ici plus de souplesse que d'ordinaire. En Algérie, les autorités viennent ainsi d’annoncer la prochaine levée de l’état d’urgence en vigueur depuis près de 20 ans. Même le colonel Kadhafi a fait libérer des prisonniers politiques et évité de réagir trop brutalement aux manifestations qui ont éclaté hier à Benghazi, la deuxième ville de Libye, mais un pays, l’Iran, fait exception à cette relative prudence. En Iran, la théocratie a décidé d’organiser demain une « manifestation de haine » – ce sont ses mots – contre l’opposition démocratique coupable d’être descendue dans la rue lundi pour exprimer son soutien à la révolte égyptienne. Le pouvoir iranien a vu là un geste de défi, une volonté de faire à Téhéran ce qui avait été fait au Caire et à Tunis. C’était effectivement cela. L’opposition ne s’en cachait guère et son audace, payée de leur vie par deux manifestants, a provoqué des réactions proprement hystériques du régime. En plein hémicycle, des députés conservateurs ont demandé, en hurlant, la « pendaison », rien de moins, des deux figures de l’opposition, l’ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi et l’ancien président de ce même Parlement, Medhi Karoubi. Deux cent vingt trois des 290 députés ont signé une lettre, lue à la tribune, dans laquelle ils affirment que « tout le monde veut » que ces deux hommes subissent « la plus sévère punition », autrement dit la peine capitale. L’actuel président du Parlement, Ali Larijani, s’est joint à cette orgie répressive en qualifiant les manifestations de lundi « d’action américano-sioniste antirévolutionnaire et antinationale ». L’Assemblée des experts, l’organe religieux chargé de nommer le Guide suprême, a renchéri en estimant que ces manifestations avaient clairement montré que c’était maintenant une question de révolution ou de contre-révolution » et qu’il y avait un « devoir religieux, politique et révolutionnaire à défendre l’islam sacré ». C’est, en un mot, tout le régime qui se mobilise contre l’opposition et sa virulence est d’autant plus frappante que les présidents du Parlement et de l’Assemblée des experts, Ali Larijani et Akbar Hachémi Rafsandjani, n’ont jamais caché l’hostilité qu’ils vouent à Mahmoud Ahmadinejad, le président de la République. Profondément divisé depuis plusieurs années, le camp conservateur resserre ses rangs et il y a des raisons à cela. De tous les pays du sud et de l’est méditerranéens, l’Iran est celui où le rejet du régime est à la fois le plus ancien et le plus profond. Il s’était exprimé, dès 1997, avec l’élection triomphale d’un réformateur, Mohammad Khatami, à la présidence de la République. Il avait culminé, en 2009, avec les immenses manifestations de protestation contre l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad. Le régime avait alors tangué avant de reprendre la main grâce à la brutalité de la répression mais soudain la contestation ressurgit, ressuscitée par l’Egypte et plus radicale que jamais. Le pouvoir iranien a peur. Il panique devant le vent de liberté qui souffle sur la région et c’est ce qui explique cette hystérie.

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