Tiens, enfin, une bonne, très bonne, excellent nouvelle qui redonne foi en l’intelligence et le bon sens des hommes, des Européens en l’occurrence. Tous pays confondus, 79% des citoyens de l’Union sont en faveur d’une répartition équitable des réfugiés syriens entre les Etats-membres, de ces quotas proposés par la Commission, défendus par Mme Merkel mais refusés par la quasi-totalité des autres gouvernements européens.

Cité par Le Monde , c’est un sondage de la fondation allemande Bertelsmann qui le révèle et ce sondage, effectué en décembre auprès de 11 400 citoyens européens et publié hier, indique également qu’ils sont tout aussi nombreux à vouloir le maintien de l’espace Schengen - de l’ouverture des frontières intérieures - et 87% à souhaiter le renforcement des frontières extérieures de l’Union, autrement dit une approche commune de cette crise plutôt que le rétablissement des frontières nationales.

Mieux encore, il ressort de ce sondage que même dans les nouveaux Etats-membres, 54% des sondé approuvent la répartition des réfugiés.

Ce sont là des chiffres qui démentent toutes les idées reçues et vont, surtout, à l’encontre de l’image que les dirigeants des pays européens se font de leurs concitoyens. C’est parce qu’ils les croient acquis au pur et simple rejet des réfugiés prôné par les extrêmes-droites qu’ils se sont si catégoriquement opposés à leur accueil par répartition. C’est parce qu’ils les croient plus paniqués qu’intelligents, qu’ils n’ont pas même essayé d’y arriver, ont fait la sourde oreille au rappel des valeurs chrétiennes par le pape François et refusé d’entendre ceux des responsables politiques de droite et de gauche qui faisaient valoir, comme Mme Merkel, qu’un minimum d’organisation suffirait à relever ce défi.

Les dirigeants nationaux ne se sont guère grandis par cette attitude, par cette peur de la peur aveugle qu’ils prêtaient à leurs électeurs. Ils ont agi là comme sur tant d’autres sujets, en choisissant de ne pas prendre de risques, de ne pas expliquer, ne pas s’adresser à l’intelligence des gens mais de coller à une supposée inintelligence des choses qui leur paraît jouée d’avance.

C’est ainsi qu’on en est arrivé à ce chaos, car il en est bel et bien résulté un chaos avec ces cohortes de malheureux bloqués entre des frontières qui se ferment et une ruée vers l’Allemagne dont la chancelière ne rompt pas avec sa volonté de relever le gant.

Il est possible que l’opinion en ait évolué depuis décembre mais, outre qu’il est improbable que le retournement soit complet, le premier mouvement de l’écrasante majorité des Européens a été de comprendre qu’on n’arrêterait pas des gens fuyant la mort, qu’il était intolérable d’ignorer leur détresse et qu’il n’y avait aucun péril pour une Union de 500 millions d’habitants à organiser l’accueil d’un million de réfugiés ou même deux.

Voilà ce que pensent les Européens d'en bas et leurs dirigeants feraient bien de se mettre à leur hauteur.

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