Confusion à Washington, impatience à Moscou

C’est l’opération contre-feux. Tandis qu’à Washington, Donald Trump réunissait une conférence de presse dont l’objet essentiel était de dire aux journalistes tout le mal qu’il pense d’eux et de leurs supposés mensonges, ses plus proches collaborateurs tentaient d’éteindre ses incendies.

A New York, sa représentante aux Nations Unies expliquait que non, non, pas du tout, « nous soutenons absolument une solution à deux Etats ». C’était une manière de répondre à l’émotion internationale que l’hôte du bureau ovale avait suscitée la veille en déclarant : « Je regarde deux Etats et un Etat et, si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec la solution qu’ils préfèrent ».

Cela avait été entendu comme une rupture avec le constant soutien des Etats-Unis à un règlement de paix fondé sur la coexistence d’Etats israélien et palestinien, mais non, c’est une « erreur » a juré cette malheureuse dame qui a bien dû ajouter pourtant, pour ne pas totalement démentir son président : « Nous songeons aussi à des alternatives », sans préciser lesquelles puisqu’elles n’existent pas.

On en avait presque de la compassion pour elle tant il est difficile de représenter Donald Trump mais que dire alors du secrétaire à la Défense et du secrétaire d’Etat, le chef de sa diplomatie ?

Le premier, James Mattis, a crânement affirmé à ses collègues européens de l’Otan que les Etats-Unis chercheraient des « terrains d’entente » avec la Russie mais qu’il n’était pas question, pour l’instant, d’une collaboration militaire avec elle et qu’elle devait se conformer au « droit international ».

Ce n’était pas du tout la musique qu’avait fait entendre jusqu’ici Donald Trump. Ce n’était pas non plus ce qu’envisageait Michael Flynn, son ex-conseiller pour la sécurité nationale qui a dû démissionner pour contacts trop étroits avec l’ambassade russe à Washington.

Le général Mattis a pris le contre-pied de son président et c’est, moins abruptement, ce qu’a fait aussi son collègue du département d’Etat, Rex Tillerson, en demandant à Moscou, lors d’une réunion du G20, de respecter les accords de Minsk sur l’Ukraine et de mettre également fin à l’annexion de la Crimée. Sur ce second point, le secrétaire d’Etat s’est montré plus ferme vis-à-vis de Moscou que les Européens qui ont, eux, déjà passé la Crimée par profits et pertes et se satisferaient d’un retrait russe d’Ukraine orientale.

La question est ainsi de savoir qui, de leur président ou de son entourage, exprime les Etats-Unis.

La réponse est encore si peu évidente que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a malgré tout tenu à marquer sa divergence avec Washington sur le Proche-Orient tandis qu’à Moscou, les Russes s’impatientaient, pour une tout autre raison.

« Quand on passe-t-on au rapprochement promis ? », y a-t-on entendu toute la journée d’hier et derrière cette question, il y avait comme une menace car si le Kremlin organisait maintenant une fuite sur ses rapports avec l’équipe Trump, eh bien… Il y aurait de quoi faire sauter tout Washington.

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