A la Conférence sur la sécurité de Munich, le président français a tenté de rassurer sur sa main tendue à Vladimir Poutine qui suscite du scepticisme en l’absence de résultats concrets.

Rencontre Macron-Poutine à Paris, à l’occasion de la cérémonie religieuse à la mémoire de l’ancien Président Jacques Chirac, le 30 septembre 2019.
Rencontre Macron-Poutine à Paris, à l’occasion de la cérémonie religieuse à la mémoire de l’ancien Président Jacques Chirac, le 30 septembre 2019. © AFP / Alexei Druzhinin / Sputnik / AFP

Depuis qu’il a lancé, à la fin de l’été dernier, son initiative diplomatique en direction de la Russie, Emmanuel Macron se heurte au mieux à un mur sceptique, au pire violemment hostile. Le Président de la République était ce weekend l’invité d’honneur de la Conférence sur la sécurité de Munich, le rendez-vous annuel du gratin stratégique mondial, et le sujet de la Russie a évidemment été abordé. Emmanuel Macron a expliqué sa stratégie, a intrigué, mais a-t-il convaincu ? Il n’en espérait pas tant.

Le « virage » russe d’Emmanuel Macron a surpris ceux qui se souviennent de sa première rencontre avec Vladimir Poutine, à Versailles, peu après son élection, et son évocation de l’ingérence russe dans la campagne. Mais il s’est passé beaucoup de choses depuis, et en particulier ce constat du Président que les sanctions occidentales contre la Russie ne fonctionnent pas, et au contraire la poussent plus encore dans les bras de la Chine.

Pas à pas, il tente donc d’avancer avec une Russie qui reste perçue comme agressive -en Europe orientale ou au Moyen Orient, comme on le voit en ce moment à Idlib, dans le nord de la Syrie- et finalement pas prête à payer le prix d’une détente avec les Occidentaux.

Le Président met en avant les premiers résultats en Ukraine, le sommet de Paris en décembre avec Vladimir Poutine, l’Ukrainien Volodimir Zelensky, et la Chancelière Angela Merkel, qui a permis des échanges de prisonniers. Un nouveau sommet est prévu dans quelques semaines à Berlin.

Mais c’est peu ; c’est insuffisant pour apporter les « preuves d’amour » qui sont toujours préférées, on le sait, aux déclarations d’intention. C’est ce qui permet au « front du refus », en France, en Europe et aux États-Unis, de repousser l’initiative française comme de la naïveté, voire une capitulation « munichoise », pour reprendre une référence fréquemment employée.

Emmanuel Macron a répété une nouvelle fois sa phrase habituelle : « je ne suis pas pro-russe, je ne suis pas anti-russe, je suis pro-européen ». Mais il ne convainc pas ceux qui ont cessé d’attendre un changement de la part de Poutine, à commencer par les dirigeants polonais malgré la récente visite du Président français à Varsovie.

Emmanuel Macron persiste malgré les critiques, et il s’apprête même à prendre un risque calculé en se rendant à Moscou le 9 mai, pour assister, au côté de Poutine et du numéro un chinois Xi Jinping, au défilé de la victoire sur le nazisme ; voyage risqué car on se souvient de la polémique lancée par Poutine lui-même, lorsqu’il a accusé la Pologne d’être responsable de la Seconde guerre mondiale…

Mais surtout, Emmanuel Macron a besoin de montrer que sa stratégie est payante. Qu’elle le sera en Ukraine et dans les autres conflits dits « gelés » aux confins de l’Europe ; qu’elle peut générer échanges économiques et détente politique sur le continent ; le tout sans sacrifier la sécurité de l’Europe ni les valeurs du monde libéral dont Poutine disait l’an dernier qu’elles étaient « obsolètes »

Ca fait beaucoup pour un seul homme, et c’est ça, aussi, qui suscite le scepticisme des partenaires de la France.  

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