Un embargo décidé par Donald Trump sur les livraisons de semi-conducteurs à la Chine est en partie responsable d’une pénurie mondiale qui affecte l’industrie automobile. La Chine pourrait riposter avec ses Terres rares, des minerais précieux dont l’Occident a besoin.

La guerre commerciale et technologique déclenchée par Donald Trump ne s’est pas arrêtée avec son départ, l’administration Biden a repris à son compte les griefs adressés à Pékin.
La guerre commerciale et technologique déclenchée par Donald Trump ne s’est pas arrêtée avec son départ, l’administration Biden a repris à son compte les griefs adressés à Pékin. © AFP / Dwi Anoraganingrum / Geisler-Fotop / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance vi

Je te bloque mes puces, tu me bloques tes Terres rares… La rivalité sino-américaine ne faiblit pas malgré le départ de Donald Trump ; et elle est en train de redessiner les contours de la mondialisation.

L’une des conséquences inattendues de cette guerre technologique a été la mise à l’arrêt, dans plusieurs pays, de chaînes de montage de l’industrie automobile, y compris Renault. On estime qu’un million de voitures ne pourront pas être construites au premier trimestre.

La raison ? Une pénurie de semi-conducteurs, ces puces en silicium qui se retrouvent désormais dans tous les objets de notre vie quotidienne. Il y en a en moyenne 800 dans nos voitures, qui ressemblent de plus en plus à des ordinateurs sur quatre roues. 

Cette pénurie a en partie pour cause l’embargo américain sur les livraisons de semi-conducteurs à la Chine, qui a poussé les industriels chinois à en stocker avant l’interdit. Ce n’est pas la seule raison, la pandémie a aussi accru l’usage de matériel informatique ; mais tout d’un coup, la rivalité sino-américaine prend un tour concret avec son impact sur une industrie qui ne s’y attendait pas.

Donald Trump a frappé là où ça faisait mal, d’abord sur le fleuron industriel chinois Huawei. Mais l’escalade s’est poursuivie avec les livraisons de semi-conducteurs, et pire encore, des équipements qui permettent de les fabriquer, un secteur dans lequel la Chine enregistre plusieurs années de retard.

Il existe une géopolitique des puces dans le monde, avec, ironie suprême, un champion du monde situé à Taiwan, l’île revendiquée par Pékin. TSMC, le géant taiwanais, est aujourd’hui la société la plus performante du secteur, avec une miniaturisation dont la Chine est encore éloignée. TSMC a dû annuler ses livraisons à Huawei, tout comme le franco-italien STM, à cause des lois américaines.

La Chine sera certes ralentie dans son développement, mais elle investit massivement dans son autosuffisance technologique, tirant la leçon amère des années Trump. Les semi-conducteurs sont devenus une priorité nationale en Chine.

La Chine pourrait contre-attaquer : hier, le « Financial Times » évoquait la possibilité de voir Pékin bloquer ou freiner les exportations de Terres rares, cette famille de 17 minerais utilisés dans les secteurs de pointe, notamment dans l’industrie d’armement. Il faut 435 grammes de ces minerais pour fabriquer un avion de combat américain F-35, un détail qui pèse dans la décision de Pékin.

Ce ne serait pas la première fois que la Chine utiliserait cette arme : en 2010 elle en a privé le Japon lors d’une période de tension. Elle contrôlait alors 95% du marché mondial ; elle en contrôle encore 80%, les Occidentaux cherchant à réduire leur dépendance.

La mondialisation avait poussé à la division du travail et à une organisation industrielle à flux tendu ; la rivalité sino-américaine fait revenir à grand pas les barrières et les réflexes d’autonomie. 

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire et le Commissaire européen Thierry Breton se sont ainsi entretenus lundi d’un plan européen pour réduire la dépendance « excessive et inacceptable » de l’Europe dans les composants électroniques. Le réveil est douloureux.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.