Retraités en tête, les plus pauvres des Russes avaient applaudi et soutenu l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin. « Enfin ! », se disaient-ils. Enfin un homme à poigne, jeune, vigoureux qui va mettre au pas les nouveaux riches, envoyer voleurs et profiteurs en prison, mettre un peu d’ordre dans la maison Russie et redonner une fierté au pays. Ils l’avaient espéré. Ils l’ont cru jusqu’à ces dernières semaines mais c’est maintenant fini. Le troisième age gronde en Russie, tempête, manifeste et les dizaines de millions de famille qui n’ont pas les moyens d’aider leurs parents comparent aujourd’hui Poutine à Hitler - « Poutine pire qu’Hitler », entend-on scander - car le président russe, par l’effet d’une loi, vient de condamner 33 millions de retraités et d’invalides à une mort précipitée, dans l’indigence et sans plus d’accès aux soins médicaux. Dès le début des années 90, les retraités avaient fait, en Russie, les frais du passage à l’économie de marché. L’inflation avait fait fondre leurs pensions. Vendues à l’encan, démantelées, privatisées, leurs entreprises n’étaient plus là pour leur assurer les dispensaires et les maisons de repos auxquels ils avaient eu droit. C’est alors qu’on avait commencé à voir des petites grands-mères stationner des jours entiers à la sortie des magasins pour tenter de vendre une vieille nappe ou des écharpes tricotées de leurs mains. Déjà la nouvelle Russie précipitait ses vieux dans la misère mais au moins avait-on décidé à l’époque que ces retraités qui n’avaient plus rien pour vivre bénéficieraient gratuitement des traitements médicaux et des transports urbains et de considérables rabais sur leurs notes de gaz et d’électricité. Les retraités étaient devenus des assistés mais au moins s’était-on vaguement soucié d’eux en leur abandonnant les restes de l’hôpital public ruiné par le développement des cliniques privées. Vladimir Poutine a changé tout cela. Aux termes d’une loi qu’il a fait adopter en août dernier, leurs pensions ont été augmentées, le plus souvent de trois fois rien, et ils ont, en échange, tout perdu. « C’est plus juste », dit le parti du Président en expliquant que les retraités des campagnes étaient défavorisés par l’ancien système puisque, gratuité ou pas, ils n’avaient pas accès à des services qui n’existent pas en dehors des villes. C’est vrai mais, au lieu d’améliorer le sort des plus pauvres des plus pauvres, Vladimir Poutine a aggravé celui des retraités des villes qui n’ont plus les moyens de se déplacer, de payer leurs charges et de se procurer leurs médicaments. Alors, de jour en jour, les manifestations se multiplient aux quatre coins du pays. On a vu des retraités agresser des chauffeurs de bus, des meneurs de soixante-dix ans passés se faire jeter en prison et les têtes grises, quelques unes, menacent de s’organiser. Les retraités ne prendront pas le Kremlin d’assaut. La révolution ne menace pas, mais, entre l’échec militaire en Tchétchénie et l’échec politique en Ukraine, la sauvagerie de cette mesure commence à faire beaucoup pour Vladimir Poutine au moment où les investisseurs se détournent de la Russie, effrayés par l’arbitraire de son Président. Même un dictateur a besoin d’alliés.

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