La décision s’est prise hier à Londres. Défiés par la levée, la semaine dernière, de scellés apposés par l’Agence internationale de l’énergie atomique sur des sites nucléaires iraniens, inquiets aussi du durcissement parallèle de la République islamique, l’Europe et les Etats-Unis se sont résolus à se tourner vers le Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est un tournant majeur puisque les Occidentaux avaient choisi, jusque là, d’épuiser tous les moyens diplomatiques possibles pour tenter de convaincre l’Iran de renoncer à ses ambitions nucléaires. C’est un tournant d’autant plus spectaculaire que le Kremlin s’y est rallié hier malgré l’ampleur de ses liens commerciaux avec le régime des mollahs et que la Chine, elle-même, bien qu’encore muette, ne devrait plus s’y opposer malgré la course au pétrole que lui impose son boom économique. L’Iran inquiète assez pour provoquer une convergence des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ceux qui y disposent d’un droit de veto, mais, de Londres à Moscou, on n’entend pourtant qu’appels à la prudence et la modération. Partout domine une volonté de se hâter lentement, de ne surtout pas aller directement à des sanctions contre Téhéran et de reculer le plus possible une éventuelle épreuve de force, même politique, car les moyens de pression sur l’Iran sont en fait limités. Les cours du pétrole sont déjà si hauts qu’il suffirait que les Iraniens ralentissent leurs exportations pour qu’un très mauvais coup soit porté à l’économie mondiale. Sur sa route vers l’arme de dissuasion nucléaire, l’Iran dispose d’une arme de dissuasion économique mais ce n’est pas tout. L’expérience montre, en deuxième lieu, que les sanctions économiques internationales, même dosées, même ciblées sur les seuls dirigeants d’un pays, ne parviennent guère à faire céder un Etat un tant soit peu puissant. Or, outre que l’Iran n’est pas un pays faible, sa population adhère à l’ambition nucléaire que cette vieille nation, héritière d’une grande civilisation, ne voit pas de raisons d’abandonner. Et puis, en troisième lieu, autant la Russie et, sans doute, la Chine, sont maintenant d’accord pour montrer leur irritation envers l’Iran, autant il n’est nullement certain que leurs intérêts économiques ne les empêche pas d’aller plus loin que le froncement de sourcils dont les Occidentaux les implorent. Pas encore complètement acquise, cette unité du Conseil de sécurité est extrêmement fragile et il ne faut donc pas s’attendre à ce que le Conseil, le jour où il se saisira de ce dossier, aille plus loin qu’une résolution appelant l’Iran à des mesures de confiance permettant de vérifier que son programme nucléaire serait, comme il le dit, uniquement civil et non pas militaire. Ce n’est pas ce qui troublera le sommeil des dirigeants iraniens et l’option militaire – laquelle d’ailleurs ? – n’étant pas à l’ordre du jour alors que les Etats-Unis sont embourbés en Irak, la seule issue crédible serait de finir par engager une vraie négociation avec l’Iran, une négociation globale, sur sa sécurité et sa place dans la région. Plus on tardera à le faire, plus les enchères seront hautes.

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