Que faisait Tony Blair en France, le week-end dernier, devant toutes les grandes figures de la majorité, réunies autour de Nicolas Sarkozy ? Même s’il a bien dit que, Français, il serait au Parti socialiste - aux côtés de ceux, a-t-il précisé, qui veulent le changer - il était évidemment là pour complaire au Président de la République en se montrant, malgré tout, plus proche de lui que de la gauche française mais la question reste entière. Pourquoi l’ancien Premier ministre britannique, un travailliste, a-t-il souhaité faire tant plaisir à cet auditoire dont le ravissement se lisait sur tous les visages ? Très simple. Sauf accident de parcours que seul le référendum irlandais pourrait provoquer, le nouveau traité européen sera adopté d’ici la fin de l’année. L’Union sera dotée de nouvelles institutions, nécessaires, plutôt bonnes, en tout cas meilleurs que les actuelles qui ne correspondent plus à sa nouvelle taille. Beaucoup de choses changeront et l’Union sera ainsi dotée – on en arrive à la réponse – d’un président, élu par le Conseil européen, c’est-à-dire les 27 chefs d’Etat et de gouvernement, pour un mandat de deux ans et demi renouvelable. On en arrive à la réponse car, difficile mais prestigieux, ce poste aiguise d’autant plus d’appétits que devenir le premier Président de l’Union européenne n’est pas le moins sûr moyen d’entrer dans l’Histoire. Tony Blair ne le dit pas, il ne l’a jamais dit, mais ce poste le tente. Il le tente énormément car il n’a pas envie de devenir un jeune retraité. Sans le dire, Tony Blair est en campagne et c’est campagne qu’il faisait ce week-end devant Nicolas Sarkozy qui serait, lui, ravi, de jouer un nouveau tour au PS en portant la politique d’ouverture au niveau européen, en soutenant, donc, une candidature Blair. On comprend leurs motivations, à l’un et à l’autre. Bon… Mais serait-ce une bonne idée ? Non, a laissé entendre hier Valéry Giscrad d'Estaing. Non, vient de répondre Edouard Balladur dans les colonnes du Monde avec une courtoisie aussi définitive qu’argumentée. « Non » car le Président européen, dit-il, devra, premièrement, « être issu d’un pays qui adhère complètement aux progrès de l’Union et participe à toutes ses formes de coopération » et, deuxièmement, « être déterminé à bâtir l’indépendance de l’Europe, notamment diplomatique et militaire ». Tout était dit mais l’ancien Premier ministre n’en a pas moins rappelé, à l’usage des distraits, que la Grande-Bretagne a refusé, entre autres, la monnaie unique et la zone Schengen, qu’elle a « constamment fait obstacle à une harmonisation fiscale et sociale », que « M.Blair n’a rien fait pour mettre fin à cette singularité » lorsqu’il était aux affaires et qu’il s’est « avec zèle toujours tenu aux côtés des Etats-Unis, quand il ne les a pas inspirés, dans la désastreuse affaire irakienne ». Edouard Balladur termine sur une excellente chute, à laquelle il n’y a rien à ajouter : « A coup sûr personnalité remarquable, M. Blair ne peut être le symbole d’une Europe qui veut exister ».

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.