Puissance nucléaire de 180 millions d’habitants, le Pakistan tombe aujourd’hui dans le chaos politique. Mois après mois, il s’y enfonce toujours plus car depuis qu’Oussama ben Laden y a été découvert et tué, le 2 mai dernier, par un commando américain, tout va plus mal encore dans ce pays à l’histoire faite de coups d’Etat militaires, de guerres avec l’Inde et de constantes tentatives de mainmise sur l’Afghanistan.

Rien ne va plus au Pakistan car, depuis ce jour, les Etats-Unis ont bien dû admettre que, si l’homme qui avait organisé les attentats du 11 septembre leur avait échappé dix ans durant, c’était grâce à la protection que les services secrets pakistanais lui avaient accordée. L’Amérique s’en est sentie trahie par un allié auquel elle dispense des aides financières et militaires absolument colossales et essentielles. Washington a exigé du gouvernement pakistanais qu’il fasse de l’ordre chez lui mais ces pressions sont restées vaines parce que l’armée et les services pakistanais sont simplement intouchables, autrement plus puissants, en tout cas, que les dirigeants civils qui ne font que de la figuration démocratique.

Les militaires et, surtout, les services secrets constituent au Pakistan un Etat dans l’Etat parce que c’est autour d’eux que ce pays s’est formé, en 1947, comme foyer national des musulmans du sous-continent indien dont la Grande-Bretagne se retirait alors. Il fallait inventer un pays fait de peuples différents et né dans la guerre. Il fallait le maintenir en guerre, contre l’Inde, pour lui forger une identité. Il a ensuite fallu lui assurer une influence en Afghanistan pour opposer, toujours à l’Inde, un ensemble musulman fait de ces deux pays. C’est ainsi que l’armé pakistanaise avait vite su trouver l’appui des Etats-Unis car, durant la Guerre froide, l’Inde non-alignée était proche de l’URSS. Les militaires pakistanais ne pèseraient pas tant sans l’Amérique mais cette alliance s’est aujourd’hui distendue parce que le Pakistan entend remettre la main sur l’Afghanistan quand les Américains s’en seront retirés et qu’il appuie donc, en sous-main, les taliban qu’ils comptent utiliser à Kabul le jour venu.

Ce double jeu relève de la Raison d’Etat. C’est pour cela que les pressions américaines sur le gouvernement pakistanais ont eu pour seul effet de l’affaiblir vis-à-vis des militaires qui orchestrent maintenant une campagne contre lui en ressortant de lourds dossiers de corruption et en l’accusant, surtout, d’avoir proposé aux Etats-Unis dans un memo secret de leur laisser mains libres sur le territoire national en échange de leur protection contre les militaires.

C’est ce qu’on appelle, à Islamabad, le « mémogate » et, réalité ou coup monté, cette affaire a tant déstabilisé le pouvoir civil que le Premier ministre s’en est publiquement pris à l’armée en l’accusant de dépasser ses prérogatives. Le chef du gouvernement, Yousuf Raza Gilani, a osé relever le gant parce que Washington s’opposerait aujourd’hui à un coup d’Etat mais il se retrouve maintenant accusé « d’outrage à la Cour suprême » pour n’avoir pas ouvert les enquêtes qu’elle avait ordonnées sur la corruption du chef de l’Etat. Les élections pourraient être anticipées. Rien ne va plus au Pakistan.

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