Trump, J - 3

S’il n’existait pas.... Non, sans doute n'aurait-il pas fallu l'inventer mais, pour l'Union européenne, Donald Trump est une véritable aubaine car, en quelques phrases, avec une remarquable efficacité, il vient de resserrer ses rangs, comme jamais depuis longtemps..

Donald Trump appartient à cette catégorie d’Américains qui n’ont jamais beaucoup aimé l’idée d’unité de l’Europe car ils y voient une menace pour la prééminence économique de leur pays. « L’Union a été partiellement construite pour battre les Etats-Unis commercialement. OK ? », déclare-t-il dans son interview d’hier au Times et à Bild. Oui, OK. En créant le Marché commun, les Européens ont effectivement voulu s’affirmer sur la scène économique internationale et y sont même parvenus en faisant de l’Union la deuxième puissance économique du monde.

Donald Trump s’en réjouit si peu qu’il ajoutait aussitôt : « Je ne me soucie donc pas vraiment de savoir si elle se séparera ou restera unie » mais, en s’aventurant à prédire le succès du Brexit et la dislocation de l’Union et, surtout, à juger l’Otan « obsolète », il s’est tout simplement tiré dans le pied.

Jamais depuis l’élargissement de l’Union, la mise en place des politiques communes de restriction des dépenses budgétaires et le divorce qui s’est ensuivi entre l’Europe et ses citoyens, les Européens n’avaient autant partagé qu’aujourd’hui la même irritation et le même désir de relever le gant.

Il y a comme une unanimité contre Trump et écoutons-la s’exprimer.

Mme Merkel : « Je vais continuer à m’engager pour que les 27 Etats membres travaillent ensemble face aux défis du XXI° siècle ».François Hollande : « L’Europe n’a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu’elle a à faire ». L’Espagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères : « Il faut que Donald Trump apprenne à connaître l’Union et l’Otan de l’intérieur ». A ces déclarations publiques, il faut ajouter l’exaspération qui s’entendait hier dans les couloirs de la réunions des chefs des diplomaties européennes et, signe des temps, ces phrases d’Arnaud Montebourg, d’un homme plus habitué à pourfendre l’Union qu’à la défendre, et qui disait, hier, sur France Inter, que Donald Trump visait la « destruction » de l’Union et qu’il fallait « la sauver ».

Toute une partie des anciens nonistes français devient européenne et c’est toute l’Europe, extrêmes droites exceptées, qui comprend désormais que le parapluie américain n’est plus assuré et que Donald Trump n’a pas seulement déclaré la guerre commerciale au Mexique et à la Chine mais également à l’Europe qui doit apprendre à se défendre par elle-même, militairement et commercialement.

Tant mieux. Merci M.Trump de venir nous réveiller d’un grand sommeil mais l’ennui, avec cet amateur de tweets, est qu’il fait aussi monter le ton à Pékin où l’on parle maintenant de prendre « des contre-mesures fortes », c’est-à-dire militaires, s’il continue de jouer avec la question de Taïwan.

L’Europe serre les rangs mais le monde devient plus incertain que jamais.

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