Où l'on voit que les Américains voudraient maintenant contenir l'Iran et la Russie au Proche-Orient

Le nord de la Syrie borde la Turquie. Des deux côtés de cette frontière vivent des Kurdes et les troupes des Kurdes syriens constituent l’essentiel des FDS, des Forces démocratiques syriennes qui ont délogé Daesh de la ville de Raqqa avec le soutien aérien de la coalition arabo-occidentale conduite par les Etats-Unis. 

Après avoir vaincu Daesh, les FDS contrôlent le nord du territoire syrien, le long de la frontière turque, et les Américains entendent maintenant faire d'elles le noyau dur d’une « force frontalière » permanente de 30 000 hommes qui contrôleraient également, à l’est, un segment important de la frontière avec l’Irak.

L’objectif des Américains est parfaitement clair.

Ils veulent empêcher par là le régime de Damas de reprendre le contrôle de l’ensemble de la Syrie car ils ne veulent pas qu’une complète victoire de Bachar al-Assad offre un triomphe politique à la Russie et permette à l’Iran, surtout, de confirmer sa percée au cœur du monde arabe. Pour les Etats-Unis, il s’agit tout à la fois de contenir la Russie et l’Iran et de rassurer leurs alliés israéliens, saoudiens et, plus généralement, sunnites qui ont tous des raisons de craindre l’affirmation iranienne au Proche-Orient. 

 Moscou, Téhéran et Damas protestent à l’unisson contre ce qu’ils dénoncent comme une volonté américaine d’opérer une partition de la Syrie. Leurs déclarations sont vengeresses mais les Etats-Unis peuvent les accueillir avec sérénité puisqu’ils ont en tout et pour tout 2000 hommes sur le terrain et que ce sont les Kurdes qui sont à la manœuvre. 

Ces Kurdes jurent, eux, leurs grands dieux qu’ils n’ont aucune intention de marcher ainsi vers l’indépendance d’un Kurdistan syrien mais on n’est nullement obligé de les croire et de l’autre côté de la frontière, en Turquie, on ne les croit pas du tout. 

Recep Erdogan, le président turc s’en est violemment pris lundi à ce qui est pour lui une trahison des Américains dont il est l’allié au sein de l’Otan. Il parle de la constitution d’un nid de terroriste à son flanc sud. Il craint en fait qu’une quasi indépendance du Kurdistan syrien ne réveille l’indépendantisme de ses propres Kurdes et qu’après que l’Empire ottoman se fut réduit à la Turquie, la Turquie ne se réduise à une peau de chagrin. 

L’armée turque aurait en conséquence reçu ordre de marcher vers plusieurs des positions tenues par les Forces démocratiques syriennes. Elle en a les moyens mais la Turquie a-t-elle les moyens de se fâcher avec les Américains après avoir haussé le ton contre les Russes, coupables de trop de complaisance avec Bachar al-Assad ? C’est moins sûr et la Russie, de son côté, est en train de découvrir qu’on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus. 

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