Les Européens ont déclenché mardi un mécanisme d’infraction contre l'Iran pour violation de l’Accord nucléaire. Ce qu’on ne savait pas, c’est que l’administration Trump avait menacé l’Europe de représailles si elle ne le faisait pas…

Donald Trump, Emmanuel Macron et Angela Merkel au Sommet de l’OTAN, le 4 décembre 2019 à Londres.
Donald Trump, Emmanuel Macron et Angela Merkel au Sommet de l’OTAN, le 4 décembre 2019 à Londres. © AFP / CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

La crise iranienne est un formidable révélateur des rapports de force internationaux ; et donc, de ce fait, de la faiblesse abyssale de l’Europe.

C’est ce que montre une affaire difficile à croire, mais confirmée hier par l’Allemagne : l’administration Trump a menacé l’Europe de représailles si elle refusait de déclencher une procédure d’infraction contre l’Iran pour violation de l’accord nucléaire. La menace était précise : 25% de droits de douanes sur les importations de voitures européennes aux États-Unis.

Ce chantage américain, indigne de membres de la même alliance, a marché, puisque mardi, les trois signataires européens de l’accord de 2015 avec Téhéran, -la France, le Royaume Uni et l’Allemagne-, ont activé le Mécanisme de règlement des différends prévu par le texte, alors qu’ils restent attachés à la survie de l’accord nucléaire dénoncé par les États-Unis. 

Cette procédure peut conduire à l’imposition de sanctions par le Conseil de sécurité de l’ONU, pour la plus grande satisfaction de Washington qui a dû se contenter jusqu’ici de sanctions unilatérales américaines.

Les Européens ont annoncé leur décision dans un communiqué commun mardi, sans faire état des pressions américaines, qui seraient restées secrètes sans les révélations du Washington Post.

Ca fait trois ans, en fait, que les Européens n’ont pas d’autre choix sur l’Iran que de subir ceux de Donald Trump avec qui ils sont en profond désaccord. On se souvient qu’Emmanuel Macron avait tenté -en vain- la séduction à Washington pour dissuader Trump de sortir de cet accord, dont le principal tort est d’avoir été signé par son prédécesseur, Barack Obama.

Puis, les Européens n’ont pas pu s’opposer aux sanctions extraterritoriales américaines, s’appliquant à toute entreprise européenne qui commercerait avec l’Iran. Résultat : Total, Renault, Air France et bien d’autres, ont aussitôt quitté l’Iran.

Dernière humiliation, les Européens ont mis en place un dispositif innovant de troc avec l’Iran. Mais les Américains auraient menacé de sanction toute entreprise utilisant le dispositif baptisé Instex. Le fait est qu’il n’y a pas eu la moindre transaction.

Le rapport de force est clair et net, les Européens ne se sont pas donné les moyens de résister à de telles pressions.

Ce Président américain est assurément plus brutal, plus unilatéral que ses prédécesseurs. Le mot « alliés » n’a pas de sens pour lui, et il en vient à mieux traiter le dictateur Kim Jong-un que la Chancelière Angela Merkel.

Mais les relations transatlantiques ont toujours été marquées par les rapports de force. La banque BNP Paribas a payé, du temps d’Obama, une amende record pour ses opérations avec l’Iran qui avaient transité par le dollar. L’extraterritorialité est une constante de la politique américaine, le privilège de la puissance. 

Mais le vernis de l’alliance l’emportait malgré tout ; ce n’est plus le cas avec Trump. Le problème est que la réponse européenne n’est pas à la hauteur de ce défi. Il est heureux que cet épisode humiliant ait été révélé, il met les Européens face à la réalité brutale, et à leurs responsabilités.

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