Aujourd'hui Anthony Bellanger nous emmène direction l'Afrique du Sud à la rencontre de 3 vieilles dames de plus de 90 ans...

Vieille femme en Afrique du Sud (Kalahari Gemsbok National Park)
Vieille femme en Afrique du Sud (Kalahari Gemsbok National Park) © Michael S. Lewis/CORBIS

95 ans même pour la plus âgée de ces trois vieilles dames particulièrement respectables. Trois vieilles qui ont en commun l'Afrique du Sud, bien sûr, leur pays, le fait d'être sœurs plutôt en forme d'ailleurs pour leur âge et d'être les dernières au monde à parle le n/uu.Ou plutôt le N(tsk)uu... Je me suis entrainé. Je ne garantis pas la prononciation ! En fait, ces trois vieilles parlent tout simplement une des plus anciennes variantes d'une des plus anciennes langues connues : celle des bushmen ou plutôt du peuple san.Le N(tsk)uu, donc, est une langue absolument extraordinaire qui donne vraiment foi dans l'humanité. Elle est si complexe et si précise qu'on a pu distinguer, tenez vous bien, 112 sonorités différentes, dont une trentaine de consonnes, 37 voyelles et 45 clicks.C'est donc une de ces fameuses langues à clics ! Exactement, c'est ce que j'essayais de prononcer tout à l'heure. Et donc nos trois vieilles dames sont les dernières locutrices de cette langue incroyable. J'ai d'ailleurs réservé une petite surprise à nos auditeurs : quelques secondes de cette langue presque perdue...

C'est Hanna Koper, 95 ans, qu'on entend raconter, le début d'une très ancienne histoire san, avec clics : l'histoire d'une course entre une tortue et une autruche ! Vous avez entendu : c'est le Lièvre et la Tortue, version san : les fables sont vraiment universelles.Cette histoire serait un peu triste sans la volonté de ces trois femmes très âgées de tout faire pour préserver leur trésor, à savoir leur langue et donc leur culture. Avec l'aide d'universitaires, elles ont travaillé d'arrache pied pour mettre au point une grammaire.Parce que le N(tsk)uu est une langue qui s'est transmise de générations et générations, depuis des milliers d'années sans jamais s'écrire. C'est même un miracle qu'on en est encore un aperçu : les « sans » ont été persécuté, déplacés, acculturés. Pendant les siècles de colonisation néerlandaise et anglaise, il était évidemment interdit de parler ces langues que les colons ne comprenaient pas quand il ne les assimilaient pas à des bruits de bouche.Reste que cette langue disparaitra avec ces trois vieilles dames... Peut-être pas figurez-vous : dans la province du Cap-du-Nord où vivent les sœurs Koper, dans la ville d'Upington, des cours sont désormais dispensés dans les écoles. On y apprend quelques mots, des rudiments. Mais au moins, on éveille l'intérêt des éléves.Et peut-être qu'il se passera avec le N(tsk)U ce qui s'est passé avec l'Hawaïen. La langue de Hawaï avait complètement disparue : il n'en restait que quelques enregistrements et une vague grammaire. Aujourd'hui, elle est à nouveau parlée par 2000 Hawaïens.

Ce que vous venez d'entendre se passe de traduction : c'est l'autruche de la fable qui s’est mise à courir. Et le mieux, c'est qu'on sait tous comment ça se termine, en n(tsk)u comme en français : rien en sert de courir, il faut n(tsk)u à point.

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