Non, nos voisins européens ne sont ni plus vertueux, ni plus transparents que nous. Petit tour d'Europe de la corruption et de la dissimulation.

Tablettes de Toblerone en exposition
Tablettes de Toblerone en exposition © Getty / Astrid Stawiarz

Après l'affaire de Rugy, la question est : avons-nous des leçons à recevoir de nos voisins européens ? Et la réponse est non : non, nous n'avons pas leçon de chose à recevoir de nos voisins et amis européens. Même les Scandinaves et leur tablette chocolatée dont on nous serine la vertu et la transparence à longueur de chronique devraient la mettre en sourdine.

Prenons le cas de la Suède – le pays de la démission Toblerone : un procès retentissant s'est terminé en février dernier par la relaxe du géant local des télécoms – Telia – pourtant convaincu d'avoir corrompu un gouvernement étranger en échange de contrats.

Bien sûr, il ne s'agissait pas d'argent public et le PDG relaxé n'était pas un élu. Mais on parle de dizaines de millions d'euros en pots-de-vin et l'affaire a tout de même un petit air d'hypocrisie généralisée sur le thème : « faite ce que je dis et pas ce que je fais ».

Petit tour d'Europe de la corruption et du ridicule

C'est juste, mais alors permettez-moi de faire un petit tour d'Europe non exhaustif : la Norvège – qui fait partie des bons élèves de la transparence et de la lutte contre la corruption n'a adopté de règles éthiques contraignantes pour son Parlement qu'en 2014. Nous, c'est entre 2013 et 2015 ! 

En Roumanie, le chef charismatique du Parti social démocrate au pouvoir à Bucharest, Liviu Dragnea, a débuté fin mai une peine de prison de 3 ans et demi pour abus de pouvoir.

En Tchéquie, des centaines de milliers de personnes manifestent contre le Premier ministre Andrej Babic qui a confondu fonds européens et intérêts personnels. 

En Grèce, Tsipras a, entre autres raisons, perdu les élections fin juin sur une affaire de yacht. D'un côté, il imposait toujours plus d'austérité au peuple grec ; de l'autre il passait ses vacances sur le yacht de la veuve d'un armateur. Et ce, deux semaines à peine après les incendies de Mati qui ont causé la mort de 102 personnes piégées par les flammes.

En Espagne, la justice a instruit depuis une dizaine d'années 567 cas de corruption impliquant plus de 8 000 personnes. La moitié de ces affaires concerne le Parti populaire de droite, un quart le Parti socialiste pour un total de 123 milliards d'euros ! À titre de comparaison, ça représente, grosso modo, la totalité des pensions de retraites versées annuellement par l'Etat espagnol. Eh puis on vient à quelques semaines près de fêter les 10 années du scandale britannique des dépenses parlementaires.

Dix ans après le scandale britannique des dépenses parlementaires

Comme pour M de Rugy, rien d'illégal dans le fait de se faire rembourser auprès des services de Westminster qui des revues pornos, qui des repas, qui des frais de gardiennage ou de nounous, qui des mensualités de prêt immobilier.

Rien d'illégal, mais tout était dans le ridicule et surtout le déphasage entre des privilèges perçus comme exorbitants et la crise de 2008 qui mordait les Britanniques du commun avec ses licenciements et sa cure d'austérité.

Les parlementaires britanniques ont-ils appris de leurs erreurs ? Ce n'est pas certain : on apprenait en mai dernier que les services de Westminster avaient procédé à plus d'un milliers de suspension de cartes de crédit parlementaires pour défaut de justificatifs.

Une dernière chose : toutes ces affaires ont été révélées par de bonnes vieilles enquêtes de presse : Ta Nea en Grèce, El País en Espagne, La Repubblica contre Berlusconi en Italie, The Daily Telegraph en Grande-Bretagne et donc Mediapart en France.

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