En Europe, et même dans le monde, la France était une exception politique. Elle ne l’est plus. Ce n’est pas seulement qu’elle tende désormais vers le bipartisme, UMP à droite, Parti socialiste à gauche, deux forces autour desquelles s’organiseront les futures alternances. Ce n’est pas seulement, non plus, que l’institution du quinquennat fasse coup triple, harmonise le temps politique français et celui du reste de l’Europe, transforme le Président de la République en chef de majorité parlementaire introduise ainsi une forte dose de parlementarisme dans la V° République. Tout cela était visible dès le premier tour mais il y a plus. Il y a cette « modestie » de Jean-Pierre Raffarin qui a tant fait pour le succès de la droite. Cet homme s’est dit « modeste » avec tant d’assurance qu’il en a désarmé les critiques et, surtout, séduit les électeurs comme si, désormais, l’humilité figurait au catalogue des vertus françaises. Au pays de Charles de Gaulle, Louis XIV et Bonaparte, des Trois mousquetaires et de la grandeur, c’est nouveau, cela surprend, mais la France a des raisons d’être lasse des prophètes, des visions et des fanfares. « Changer la vie », avait dit Mitterrand en se faisant élire et la vie n’a ni plus ni moins changé qu’ailleurs, plus d’informatique et moins de services publics, moins de présence française sur la scène internationale, plus de délocalisations et de flexibilité. « Fracture sociale », avait diagnostiqué Jacques Chirac en 1995, mais il ne l’a pas réduite et la restauration gaullienne a fait long feu lorsque la reprise des essais nucléaires a isolé la France et que la cohabitation a neutralisé ses passions. Au royaume du Verbe, Jean-Marie Le Pen est alors resté seul tribun. mais lorsque, gauche et droite confondues, les quatre cinquièmes des Français lui eurent barré la route, la France s’est retrouvée mûre pour un autre moment de son Histoire. Cela ne durera pas toujours, peut-être pas longtemps, mais le fond de l’air est au pragmatisme et c’est la première alternance, aussi, qui ne soit vécue, ni d’un côté ni de l’autre, comme un tragique épisode d’une longue guerre civile. La France a voté. Elle a plébiscité la modestie des ambitions et, au pays des barricades, il y a comme un désir de donner au gouvernement une chance de gouverner. Ces fenêtres d’opportunité se referment vite mais, pour Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin, le danger n’est pas les frondes, mêmes catégorielles. Il est dans les contradictions internes d’une droite qui balance entre colbertisme, libéralisme et économie sociale de marché. Avec de bons dosages, cela peut être un atout, l’hybride peut être fécond, mais la voie est étroite et, sur cinq ans, la droite ne peut réussir qu’en faisant ce que n’a pas fait la gauche, qu’en inscrivant son action dans un projet européen permettant d’ouvrir un horizon, de transcender les peurs du changement dans une ambition nationale dont ce pays reste en quête. La modestie est de bonne tactique. Elle n’est stratégie qu’au service de grands objectifs.

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