L’Europe aura demain sa Constitution. Il y aura fallu plusieurs années d’efforts et une première tentative, mal ficelée, à Nice, sous présidence française, lorsque Lionel Jospin et Jacques Chirac se partageaient le pouvoir à Paris et que la relation franco-allemande n’avait pas encore repris son élan. Il y aura, ensuite fallu, l’année dernière, une Assemblée constituante dont le projet avait été torpillé, en décembre, par la Pologne et l’Espagne, les deux plus grands des petits pays qui voulaient se faire accorder plus de poids dans l’Union. On avait alors senti le découragement poindre mais le retour de la gauche au pouvoir à Madrid, le rapprochement des Européens devant la débâcle irakienne des Etats-Unis et le taux d’abstention, la semaine dernière, aux élections européennes ont à la fois permis et précipité les compromis nécessaires. Cette fois-ci sera donc la bonne. Le Conseil européen adoptera, demain, le texte mis au point par la présidence irlandaise et beaucoup de choses en seront progressivement changées dans l’Union - pour peu, naturellement, que ce texte soit ratifié par les Parlements nationaux. L’Europe d’abord sera désormais incarnée par un Président, élu par les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 pays membres, par le Conseil européen, pour prendre le relais de ce système des présidences tournantes qui confiait le conduite des affaires européennes à un pays différent tous les six mois. L’Europe aura un nom, un visage, une continuité de direction qui lui assureront plus de cohérence et de visibilité, surtout, sur la scène internationale. L’Europe, deuxième point, aura un vrai Parlement, constitué de fait de deux chambres, le Conseil, représentant des Etats comme le Sénat aux Etats-Unis, et le Parlement de Strasbourg, celui qui a été élu la semaine dernière et qui sera, comme la Chambres des Représentants en Amérique, le mandataire de l’Union. Sauf dans quelques rares domaines restant l’apanage du Conseil, autrement dit des Etats, il faudra l’accord des deux chambres pour qu’une loi européenne soit votée ce qui marque un considérable progrès de la démocratie européenne. L’Europe, en troisième lieu, aura un ministre des Affaires étrangères. Sa seule existence n’unifiera pas, d’un coup, les diplomaties européennes. Différences et divergences persisteront, bien sûr, mais ce ministre exprimera l’Europe sur les nombreux dossiers où il y a, déjà, convergence et pourra chercher à réduire les points de friction sur les autres. L’Union se donne, là, les moyens de parler, petit à petit, d’une seule voix. Elle s’en fixe, au moins, l’objectif. L’Europe, enfin, élargit avec sa Constitution, le nombre de domaines où elle prendra ses décisions à la majorité et non plus à l’unanimité, ce qui était possible à 6 mais ne l’était plus à 25. L’Europe s’éloigne là de la communauté d’Etats qu’elle était à l’origine. Elle prend une orientation fédérale en soumettant les Etats à la majorité de l’Union, à une double majorité d’Etats et de citoyens – 50% des Etats et 60% des citoyens disait le projet, 55% des Etats et 65% des citoyens dit le compromis irlandais car cette évolution fait encore peur, car beaucoup d’Etats ne veulent pas encore rendre les armes devant l’Union.

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